Le swing parfait du joueur Rachid Akl.
C'est à Bir Hassan, en 1923, sur une parcelle de terrain de 1 500 m², que le premier club de golf du Liban fut fondé. Ce qui s'appela alors le Beyrouth Sporting Club était composé d'un petit clubhouse autour duquel s'étendaient un 9 trous en sable et des greens en « mud », mélange de sable et de mazout.
Vers le milieu des années cinquante, une poignée de passionnés libanais se retrouvaient chaque jour sur les fairways. Il faut dire que la plupart des golfeurs étaient australiens et anglais et faisaient partie des deux compagnies d'aviation civile de l'époque, la Middle East Airlines (MEA) et la Trans Mediterranean Airways (TMA).
L'origine de la coupe Mc Auley remonte d'ailleurs à cette époque...
Le club avait organisé un tournoi à l'occasion de la Saint-Patrick (patron des Irlandais), fête irlandaise qui a lieu le 17 mars. La tradition au cours de ce tournoi est de servir l'Irish Stew (plat national irlandais) et l'Irish Coffee à gogo. Mc Auley, un très bon golfeur du club, également capitaine à bord d'un avion de la TMA, se crasha en vol ce jour-là. En apprenant la nouvelle, le comité se demanda s'il devait annuler la compétition ou pas. Ils décidèrent qu'en bon Irlandais, Mc Auley, qui devait les regarder d'en haut, trouverait bien plus agréable de savoir que la compétition était maintenue et qu'en son honneur, tout le monde serait plus ou moins saoul le soir. On rebaptisa la compétition « Coupe Mc Auley » et la tradition demeure jusqu'à ce jour.
Petit à petit, les propriétaires des parcelles de terrains squattées autour du terrain initial récupéraient leurs biens. Au début des années 60, il ne restait plus qu'une parcelle qui ne servait plus à rien, ce qui obligea le club à émigrer dans un autre quartier de la capitale libanaise. Salim Ali Salaam, ancien président de la MEA, a convaincu alors l'aviation civile de lui céder un champ de dunes érigé en relais de communication. La superficie du terrain initial était d'environ 40 hectares. D'ailleurs, des pylônes toujours plantés le long des fairways et qualifiés d'obstructions inamovibles se trouvent sur le parcours.
Protection des installations de l'aviation civile
En 1963, avec l'aide d'un architecte anglais et grâce aux 180 000 livres libanaises de prêts des anciens membres du club et passionnés de golf qui croyaient au projet, le tout nouveau Golf Club du Liban s'érigea entre les pylônes à Ouzaï.
Au début, ce n'était qu'un 9 trous et un terrain de practice. L'ancien pavillon de golf, détruit lors de l'invasion israélienne en 1982, fut construit là où se trouve aujourd'hui le « Starter house ». Le problème essentiel fut de recouvrir les dunes de sable d'une couche de 40 à 50 cm de terre fertile pour pouvoir planter le gazon nécessaire à tout terrain de golf digne de ce nom. Heureusement que Beyrouth, dans les années 60, était en pleine expansion urbaine, et il ne fut pas difficile de trouver de la terre rouge de bonne qualité. D'ailleurs, la raison juridique que l'État donna pour accorder le droit d'exploiter le terrain était basée sur le fait qu'il fallait planter du gazon afin de consolider et protéger les installations de l'aviation civile.
Toujours est-il que l'inauguration officielle du Golf Club du Liban eut lieu en octobre 1965. Les Beyrouthins découvrirent alors le golf sur... gazon. Petit à petit, le Golf Club se développa en centre omnisports (piscine, squash, tennis etc.), ce qui encouragea de plus en plus de gens à devenir membres et, de ce fait, à découvrir le golf. Au début des années 70, une foule nombreuse assistait aux différents tournois du club. Aussi, de nombreux joueurs de renommée internationale participaient aux compétitions, ce qui contribuait à l'essor de ce sport dans la région et puis... ce fut la guerre.
Pendant les années de guerre, le golf fonctionna au ralenti, tout en demeurant plus ou moins en l'état, le problème essentiel étant l'arrosage du terrain à cause des coupures fréquentes de courant et, surtout, l'achat d'herbicides introuvables au Liban mais nécessaires pour garder la bonne qualité de l'herbe. Aujourd'hui encore, on constate à certains endroits différentes herbes parasites (en anglais « crab grass »), vestiges de ces années noires. Le pic des années de guerre fut l'invasion israélienne du Liban en 1982. Les chars israéliens détruisirent une grande partie du golf. Ils déracinèrent plus d'un millier d'arbres et démolirent complètement l'ancien pavillon du Golf Club.
Anecdote
Nassib Bulos, vétéran et cofondateur du Golf Club du Liban, raconte une anecdote qui se déroula cette année-là : « J'avais invité l'ambassadeur d'Italie de l'époque à disputer une partie de golf avec moi. Au green n° 9 et alors qu'il s'apprêtait à enquiller son putt, une formation de cinq avions israéliens passa au-dessus de nos têtes. L'ambassadeur devint aussi vert que le green. Il voulait quitter et arrêter la partie. Je lui rappelai la règle d'or du club qui nous interdisait de quitter le green avant de finir son putt, à moins qu'un obus ne tombe sur le parcours. Mais une autre formation de chasseurs israéliens puis une troisième passèrent à nouveau au-dessus de nous. C'était le début de l'invasion israélienne... D'ailleurs, pendant la guerre, nous avons également fait passer une autre règle locale sans consulter les hautes instances de St Andrews (pour créer ou changer une règle de golf, aussi minime soit-elle, il faut toujours passer par les hautes instances du golf mondial à St Andrews, en Écosse). Nous avons pris la liberté d'accorder au joueur la possibilité de dropper sa balle sans pénalité si elle se trouvait dans un trou d'obus. »
Après l'invasion israélienne, le Golf Club put acquérir des terrains et passer à un vrai 18 trous. Par ailleurs, St Andrews accorda au Club un montant de 12 500 livres sterling sur une durée de trois ans pour améliorer la qualité de l'herbe. Un architecte anglais recommandé par eux aida les membres du club à redessiner le terrain pour profiter pleinement de l'espace.
Aujourd'hui, pourtant, l'évolution du matériel permet aux joueurs, quel que soit leur niveau, de gagner de la distance. En conséquence, des parcours comme le Golf Club du Liban doivent être rallongés pour faire face à cette évolution. Une autre solution consisterait à limiter la technologie dans le domaine des clubs et des balles, un peu comme en formule un.
Avec ses 30 hectares de verdure, le Golf Club du Liban fait partie des plus grands espaces verts de Beyrouth. C'est en tout cas, et de loin, le plus beau. Une véritable oasis, enserrée d'habitations hétéroclites, un sanctuaire pour les oiseaux et les arbres. Espérons que ça restera toujours un havre de beauté qui permette aux nouvelles générations de s'initier au golf, un sport qui véhicule certaines valeurs humaines, en accord avec la nature, qui tendent, malheureusement, à disparaître dans le monde d'aujourd'hui.

