Que se passe-t-il exactement dans les coulisses politiques ? S'il est encore trop tôt pour avoir une lecture globale et précise des résultats « politiques » des élections municipales, certaines analyses affirment déjà qu'il existerait un plan occidental visant à affaiblir le général Aoun pour rétablir une sorte d'équilibre interne après le départ plus ou moins consommé de Walid Joumblatt du 14 Mars. L'idée générale consisterait à profiter de l'échéance municipale pour renforcer la position du président de la République, en tant que contrepoids de Aoun, et surtout en tant que force centriste en mesure de régler le jeu interne. Selon ces analyses, l'Occident, du moins une partie, jugerait positive l'attitude du président Sleiman qui parvient à créer un équilibre entre les deux grands courants qui divisent le pays, adoptant une politique de balancier, tantôt en faveur d'un camp, tantôt en faveur de l'autre. Toujours selon cette analyse, c'est ainsi qu'il faudrait lire le vote d'une partie des chiites et des Arméniens à Jbeil où il fallait consolider l'assise populaire du chef de l'État, pour lui permettre de jouer un rôle plus important, alors qu'il entame la troisième année de son mandat. Le président de la Chambre Nabih Berry ainsi que le parti Tachnag auraient saisi ce message et auraient ainsi agi en conséquence. Des proches de l'ancien vice-président du Conseil, Michel Murr - qui a enregistré une nette victoire dans les municipales du Metn -, véhiculent le même climat. Certes, Murr compte se rendre à Rabié, après l'élection du président de la fédération des municipalités du Metn, qui sera selon toute probabilité sa fille, pour consacrer « sa réconciliation » avec le général Aoun, mais comme il l'a dit lui-même, il appuie le centrisme du chef de l'État, alors que son propre fils Élias est considéré comme une partie de la part présidentielle au gouvernement.
Du côté des chrétiens du 14 Mars, on affirme que cette théorie n'a rien de réaliste et elle illustre une fois de plus la paranoïa des complots du général Aoun. S'il a essuyé des défaites aux élections municipales, il n'a qu'à s'en prendre à lui-même et à ses mauvais choix électoraux.
La position du Hezbollah est bien plus subtile. Selon des sources proches de cette formation, l'alliance avec le général Aoun est une stratégie stable et elle ne peut en aucune manière être remise en question. Dans la stratégie du parti, le général Aoun constitue une priorité et il ne viendrait pas à l'esprit du Hezbollah de le mettre en difficulté pour telle ou telle autre considération tactique. Si donc un tel plan existe, le Hezbollah n'en fait certainement pas partie. Au sujet du vote, le Hezbollah a déjà expliqué au CPL qu'à Jbeil et ailleurs, il n'a pas donné des instructions claires à tous les électeurs chiites. Il a simplement demandé à ses membres et à ses partisans directs de voter en faveur des listes appuyées par le général Aoun et il a tenu parole, à Jbeil, à Achrafieh et à Zahlé par exemple. Mais il ne faut pas oublier que tous les chiites ne sont pas hezbollahis, surtout à Jbeil. De plus, trois jours avant le scrutin de Beyrouth, le Hezbollah en était encore au boycott des élections. Il a donc été décidé à la dernière minute de participer à l'élection des moukhtars conformément à la décision du CPL. Le temps était donc insuffisant pour procéder à la mobilisation requise. Enfin, le Hezbollah rappelle qu'il ne faut pas donner aux élections municipales une dimension trop importante. Et puis, en fin de compte, le résultat qui restera dans les esprits est le suivant : le CPL du général Aoun aura des membres des conseils municipaux sur l'ensemble du territoire libanais, du nord au sud, en passant par le Mont-Liban, Beyrouth et la Békaa. Quelle autre formation peut afficher le même score ? S'il existe donc un plan pour l'affaiblir à travers les municipales, on ne peut pas dire qu'il ait vraiment réussi.

