De gauche à droite, la présidente du comité national de l’ICOM Leila Badr et Nada Tawil, directrice de la communication du groupe Byblos Bank au cours de la conférence.
Créée en 1977, la Journée internationale a pour objectif de « sensibiliser le grand public au rôle des musées dans le développement de la société », a expliqué pour sa part Leila Badr, signalant que l'ICOM a décidé de mettre l'accent cette année sur le rôle des musées comme vecteurs d'« harmonie sociale », dont « l'essentiel réside dans le dialogue, la tolérance et le développement, fondé sur le pluralisme, la différence et la créativité », a-t-elle fait observer, avant de déclarer que « le 18 mai sera une journée portes ouvertes gratuite dans tous les musées membres de l'ICOM, suivie de nocturnes musicales et d'activités diverses ». Aussi, a-t-elle indiqué, au Musée de l'Université américaine de Beyrouth (fondé en 1868, il est le troisième plus ancien musée du Proche-Orient), la journée sera marquée par la célébration des 30 ans de la Société des amis du musée. À partir de 17h30, une rétrospective des principales activités et réalisations de la société sera projetée sur PowerPoint : les voyages organisés au Moyen-Orient, en Afrique, en Amérique du Sud ou en Asie pour découvrir le patrimoine mondial ; les conférences sur l'histoire et l'archéologie ; les programmes culturels pour les enfants âgés de sept à treize ans ; les expositions locales et internationales ; la publication bisannuelle de la Newsletter, la boutique du musée... Un hommage sera ensuite rendu aux sept présidents qui se sont succédé à la tête de la Société des amis, à savoir : Houda Khoury (1980-1982) ; Josette Kettaneh (1982-1992) ; Rima Shéhadé (1992-1998) ; May Richani (1998-2000) ; Samir Tabet (2000-2003) ; Nora Joumblatt (2003-2009) et l'actuel président Nabil Nahas... Un cocktail suivra cette séance et confirmera « l'harmonie entre tous les membres de la société », a conclu Leila Badr.
Prenant à son tour la parole, la conservatrice du Musée national de Beyrouth , Anne-Marie Affeiche, représentant également « les musées de site » qui relèvent de la Direction générale des antiquités (ceux de Byblos, de Baalbeck et de Beiteddine), a estimé que si « la fonction première des musées est la conservation de l'héritage culturel du pays », le but reste toutefois de « démocratiser l'attitude des Libanais face aux musées et d'en faire un lieu public impliquant une appartenance commune à un patrimoine et engageant la population à se mobiliser pour connaître, apprécier et protéger les vestiges de son passé », a-t-elle dit, avant d'ajouter que la journée du 18 mai sera une opportunité de (re)visiter le Musée national au son d'une musique classique et baroque interprétée, entre 19h et 22h, par le « A440 Trio ». Signalons que le musée abrite plus de 1 300 pièces archéologiques couvrant la période de la préhistoire jusqu'à la période mamelouke. Parmi les objets exposés : le sarcophage du roi Ahiram (cimetière royal de Byblos, Xe siècle avant J-C) ; la couronne et le sceptre du roi Ip Shemu Abi (or et bronze, cimetière royal de Byblos, XVIIIe siècle avant J-C) ; les sarcophages anthropoïdes, marbre, IVe siècle avant J-C de la Collection Ford ; des statues votives du temple d'Eshmoun ;
un chapiteau avec protomé de taureau daté du IVe siècle avant J-C (marbre, Sidon) ; la tribune du sanctuaire d'Eshmoun (marbre, Bustan el-Sheikh vers 350 avant J-C) ;
mosaïque de l'enlèvement d'Europe (Byblos, IIIe siècle après J-C) et celle de Calliope et des sept sages de Grèce (Baalbeck, IIIe siècle après J-C), mais aussi des bijoux, des monnaies, des céramiques qui illustrent l'histoire du Liban.
Un chapelet d'histoires
Au Musée de préhistoire de l'Université Saint-Joseph, « la journée sera exceptionnelle dans la mesure où elle coïncide avec le dixième anniversaire du musée », a indiqué Maya Boustani. Tout d'abord, l'établissement organise une exposition photographique du père Henri Fleisch (1903-1985), savant de renommée internationale pour ses travaux en philologie arabe et sémitique, et qui, pour « s'évader de la grammaire » et pour « se détendre en plein air », avait pratiqué la préhistoire et la géologie. Son apport dans ces deux domaines fut considérable. Il laisse une importante documentation photographique du littoral libanais, en particulier Ras Beyrouth et Naamé. L'occasion pour le public de découvrir les transformations subies par le paysage urbain et naturel, depuis les années cinquante et soixante !
Le musée inaugure aussi la « bibliothèque de Préhistoire Lorraine Copeland ». Proche collaboratrice du père Francis Hours et auteur du monumental Inventaire de l'âge de la pierre, basé en grande partie sur la documentation conservée à l'Université Saint-Joseph, Copeland a fait don de sa bibliothèque personnelle au Musée de préhistoire. En hommage à ce geste, la bibliothèque portera désormais son nom. Pour clôturer ces deux événements, un concert classique, animé par Jean Beujekian, sera donné par les Guitares du Cèdre à 18h30.
Saïda aussi égrène son chapelet d'histoires. D'une part, le palais Debbané étale la maîtrise de l'architecture ottomane à travers un monument historique construit, comme l'a précisé Raphaël Debbané, en 1721, et classé depuis 1968 sur la liste du patrimoine. D'autre part, un magnifique musée financé par la Fondation Audi raconte les différentes étapes de la fabrication du savon ; il accueillera à l'occasion de la Journée internationale un groupe de musiciens dont le joueur de oud, Janah, qui chantera des fayrouziat et des charkiat, a indiqué Joumana Esseily.
Sans oublier, à Bsous, le musée de la soie blotti au sein d'un jardin enchanteur et une oliveraie centenaire... Ni l'ex-palais Pharaon racheté par le joaillier Robert Mouawad et réaménagé en un musée privé où bijoux, manuscrits, poterie islamique, boiseries peintes et pierres sculptées cohabitent dans une « harmonie inégalable ». Ni le musée des mosaïques de Beiteddine et celui de Cilicie à Antélias. Ni cet hymne à la vie rurale qu'est le musée ethnographique de Terbol (dans la Békaa). Et surtout pas le musée océanographique portant le nom « Les merveilles de la mer » à Jdeidet el-Metn, près de l'École de La Sagesse. Dans une ancienne demeure datant de la fin du XIXe siècle, Andrée Traboulsi et l'océanographe Jeanine Yazbeck proposent une exposition permanente unique au Liban. Quelque 3 000 coquillages, recueillis dans le monde entier et représentant environ 630 variétés, constituent une collection complète de gastropodes et bivalves impeccablement exposés dans des vitrines illuminées aux fibres optiques. Une diversité d'échinodermes, d'éponges et de crustacés vivants ou asséchés, des répliques de requins, de marsouins et autres poissons sont exposés ainsi qu'une palette de coraux rouges, bleus et orgues de mer (de l'Indo-Pacifique et de la mer Rouge). Le visiteur a même droit à une démonstration de deux requins : la roussette, ovipare, qui pond des œufs rectangulaires ; et le carcarin, de 60 cm, aux nageoires noires, qui a déjà dévoré plusieurs raies. Tous les spécimens sont identifiés par des panneaux en anglais et en français indiquant origine, espèce et famille, et dans la salle de projection des documentaires réalisés par les gérantes du musée racontent les merveilles de la mer...
En bref, les musées, c'est tout un monde à découvrir... Toute une mémoire à préserver.

