Voilà un petit commentaire comme on les aime : clair, lucide, incisif, cinglant. Après cela, a-t-on vraiment besoin d'une analyse détaillée des chiffres ?
Pourtant, il existe un mot de trop dans cette brève mais sincère confession : « victoire ». On croit trop souvent que parce qu'il y a des battus, il doit nécessairement y avoir des vainqueurs. À l'issue de la deuxième phase de ces élections à la libanaise, c'est-à-dire plus dépouillées que jamais de tout enjeu qui en vaut la peine, il serait honnête de reconnaître que tout le monde est perdant. À commencer par le Liban.
Bien sûr, on peut se contenter d'un regard sur la scène dans ce qu'elle a de statique, de façon à ne prendre en compte que l'évolution du poids de chacun des protagonistes, indépendamment de la dynamique politique fondamentale qu'à défaut de programme, il est censé représenter.
Dans ce cas, il y aurait, dans le lot des perdants, un perdant encore plus perdant que les autres. Ainsi, l'image du paon qui, en se déployant, croit décupler son poids, évoquée mardi par Michel Aoun pour ironiser sur les prétentions de ses adversaires du 14 Mars, se retournerait d'abord contre lui.
Il ne fait pas de doute, en effet, que la cure d'amaigrissement que son courant a entamée aux législatives de 2009 s'est accélérée d'une façon spectaculaire ces deux dernières semaines. Pour peu, on se croirait face à la folle dégringolade de l'indice de Wall Street, vendredi dernier.
Claire déconfiture au Mont-Liban, peau de banane à Zahlé et énième échec à prendre d'assaut Achrafieh, avant-hier par les chars, hier par les députés et aujourd'hui par les moukhtars (demain, serait-ce le tour des reines de beauté ?), il faut, après cela, être le général Aoun pour oser dire que les « résultats (du CPL) sont plus que satisfaisants ».
Mais il ose davantage encore : « J'ai 65 % » des chrétiens, affirme-t-il. Peut-être lui faudrait-il méditer plus amplement la terrible ironie dans les propos de notre lecteur arménien : « Félicitations à Michel Aoun pour nos voix » ! Lorsque le CPL gagne des élections au Metn, on peut parler d'un appoint du Tachnag et de Bourj Hammoud. Mais lorsqu'il s'agit d'un scrutin à Rmeil et surtout à Medawar, fiefs incontestés du principal parti arménien depuis près d'un siècle, l'appoint, mon général, ce n'est pas le Tachnag, c'est vous-même !
Cela étant dit, et en dépit d'incontestables réussites locales ici et là, le 14 Mars, ou ce qu'il en reste, serait mal inspiré de clamer trop haut sa « victoire ». Certes, jusqu'ici, les forces politiques, notamment chrétiennes, dont est formé ce camp sont parvenues à démontrer leur poids propre et à nier au général Aoun toute velléité de s'affirmer comme étant l'unique interlocuteur de taille sur la scène chrétienne. Dans certains cas, on peut dire aussi qu'elles ont affermi leurs positions face à lui par rapport aux précédentes consultations. Mais le 14 Mars n'est pas qu'une coalition de partis et de personnalités, il incarne aussi (ou est supposé incarner) la continuation de la révolution du Cèdre. Or rien n'est plus absent de ces élections-ci que la dynamique politique issue de cette révolution.
À ce stade, on pourra rétorquer que des élections municipales ne se jouent que de cette manière-là, que les enjeux politiques n'y tiennent pas beaucoup de place et que c'est l'aspect « gestionnaire » qui y domine. Outre le fait que ces clichés, ânonnés jusqu'à la nausée tous les six ans, ne signifient rien du tout, qu'une gestion nationale, régionale ou locale ne peut être que politique et que toute cette littérature ne sert qu'à dissimuler l'aspect étroitement clanique qui domine ces élections, on est en droit de se demander quelles caractéristiques auraient revêtu des municipales programmées entre 2005 et 2009.
La réalité est qu'après le sort fait au vote des électeurs de juin 2009 et le retour contraint à la République consensuelle, il n'y a pratiquement plus de politique (au sens positif) au Liban, en ce sens qu'on y a exclu le principe de l'alternance entre les hommes, les idées et les programmes. Dans ce contexte, à quoi peut-il vraiment servir de connaître le poids électoral de tel ou tel ?
Les résultats de Zahlé illustrent mieux que d'autres cette évolution, ou plutôt ce retour en arrière. Ce n'est certainement pas le CPL, balancé par-dessus bord par son ex-allié Élie Skaff dès avant le scrutin, qui a gagné dans cette ville, d'autant que le score de son unique candidat (6 700 voix), voulu par le général Aoun comme un référendum sur la popularité du CPL, est loin, très loin des 65 % de chrétiens considérés par le général comme sa propriété. Ce n'est pas non plus le camp du 14 Mars, puisqu'il n'a emporté que deux sièges sur 21.
Le gagnant à Zahlé, comme l'a annoncé M. Skaff lui-même, ce n'est ni le 14 ni le 8, autrement dit les deux uniques porteurs de projets politiques pour le Liban. Le gagnant, c'est le chef de clan, le notable traditionnel qui, à la faveur de la dépolitisation générale, retrouve son lustre d'antan, comme si rien ne s'était passé dans le pays ces cinq dernières années.
Comme au temps de la tutelle...


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef