Il est vrai que ce que certains prêtres pédophiles ont commis est non seulement affreux, infâme, humiliant et impardonnable, mais est un crime contre l'enfance. Même le Christ, qui nous exhorte à pardonner à nos ennemis, ne trouve pas de circonstances atténuantes à ceux qui scandalisent « l'un de ces petits ». Il va même jusqu'à exiger qu'on les jette au fond de la mer, une meule accrochée au cou. Je n'ai donc pas la prétention d'être plus clément que la Clémence personnifiée.
Mais, sans jouer les Tartuffe et en toute honnêteté et humilité, essayons de réfléchir sur quelques points qui pourraient nous aider à être objectifs dans nos jugements et à ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain :
- La société est formée de gens bien portants et de gens malades, d'où le besoin d'hôpitaux et de médecins. Les prêtres font partie de la société et, parmi eux, il y a aussi des malades qui doivent se faire soigner. La pédophilie est une maladie, comme le cancer, qui a besoin d'être soignée. Les prêtres pédophiles ne le sont pas devenus après avoir été ordonnés, ils portaient ce mal avant. L'Église sera désormais plus prudente dans le discernement des vocations et évitera - autant que faire se peut - les déviances.
- Il est établi que sur 410 000 prêtres, un peu moins d'un millier a fait l'objet d'accusation, soit moins d'un pour cent de l'ensemble. Alors que dans d'autres groupes religieux, familial, éducatif, sportif ou politique, la proportion de cas de pédophilie varie de 32 à 64 pour cent. De quoi donner le vertige. Sans compter le tourisme sexuel organisé au vu et au su des gouvernements et des familles. Sans compter aussi les enfants qu'on envoie au combat, ou les enfants jetés sur les chemins de nulle part, ou ceux aux aurores saccagées... Qui leur a tendu la main ? Les statistiques vous diront que seules les congrégations religieuses sont sur tous les fronts où l'enfance est meurtrie. Mais leur travail est si discret, si persévérant, si oblatif qu'il ne fait pas la une des journaux. Le prix Nobel de la paix a quand même été décerné à une représentante de cette charité universelle : Mère Teresa.
Pour les chrétiens, un seul est apparu sur terre sans péché, c'est le Christ. Même les saints sont des pécheurs qui se relèvent. Avec le Christ, le pécheur peut devenir ou redevenir un champion de la sainteté. Les saints et les saintes comme Paul, Pierre, Marie-Madeleine, François d'Assise, Ignace de Loyola, Charles de Foucauld le sont devenus car ils ont été transformés par la grâce du Christ et leur volonté conjuguées. Ils sont des millions à avoir donné au monde une espérance, un sens à la vie, un regard lumineux et un amour qui guérit.
- La vie terrestre de Jésus n'a pas été épargnée par les « flagellations » morales et physiques. Hérode, Caïphe, Ponce Pilate, les pharisiens, les scribes, quelques parents proches et même un apôtre : Judas. La masse populaire qui, pourtant, avait bien joui de ses bienfaits a fini sous la pression morale et politique des chefs religieux et civils par crier : « Crucifiez-le ! »
Et avant de monter au ciel, alors qu'Il envoyait ses apôtres porter la Bonne Nouvelle jusqu'aux extrémités de la terre, la persécution contre la jeune Église commençait. Gamaliel, le pharisien sage et pieux, avait beau leur dire « Laissez-les tranquilles. Si leur œuvre est de Dieu, elle durera malgré nous. Si elle est des hommes, elle ne tardera pas à s'effondrer », rien à faire. La persécution commença contre la jeune Église du Christ. Et saint Étienne en fut la première victime et le premier martyr.
- L'Église du Christ considère qu'il est injuste qu'elle ne subisse pas le même sort que son Maître. Les persécutions commencées à Rome durent jusqu'à nos jours sous des formes diverses. Le sang des martyrs des trois premiers siècles a été la semence des chrétiens. À l'endroit même où les tyrans firent verser ce sang, se trouvent érigées la basilique Saint-Pierre et celle du Latran. Sur la place Navona, où fut martyrisée la petite Agnès, est édifiée l'une des plus belles églises du monde, dédiée à la sainte, et elle ne désemplit pas de visiteurs qui se convertissent.
- Après l'épreuve du sang, il y eut les épreuves des schismes et des hérésies qui ont atteint le cœur même de l'Église. S'ensuivirent les attaques de la Renaissance, puis de la philosophie athée des Lumières. Alors, aujourd'hui ? Rien de nouveau sous le soleil : la même hargne, les mêmes railleries, le même sarcasme. Seuls les lieux, les dates et les noms changent.
P. Mansour LABAKY
(à suivre)

