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Nos lecteurs ont la parole

I.- Axe turco-syrien  pour une « Union du Levant »

Par Fabien TABARLY
Amenée à jouer un rôle important sur la scène politique et économique internationale, la Syrie d'aujourd'hui tente de se démarquer (avec un certain succès) de l'image désuète, mais encore tristement figée dans l'esprit du monde occidental, d'un pays nourrissant le terrorisme d'État.
Depuis l'arrivée au pouvoir de Bachar el-Assad, nous assistons à l'émergence d'une puissance diplomatique et économique procédant à la démocratisation de sa société et à son ouverture à une économie de marché.
Cette double évolution était jusque-là refusée par un gouvernement conservateur, socialiste et nationaliste, tournée vers une production autarcique visant l'autosuffisance (ce même gouvernement n'hésitant pas à citer Staline comme exemple lors de la sanglante répression de 1979 contre les islamistes).
Les récentes visites du chef de l'État syrien en France, sa présence au sommet de l'Union pour la Méditerranée et, plus remarquable car lourdes de sens, aux côtés de Nicolas Sarkozy lors des célébrations du 14 juillet 2007, démontrent le souhait de la France de raviver son influence au Levant, avant que d'autres ne le fassent... car la Syrie est particulièrement convoitée depuis qu'elle a retrouvé son honorabilité au yeux de la communauté internationale.
Pourtant, la France possède sans aucun doute l'avantage de son histoire dans cette zone, même si les positions de la République n'ont pas toujours été en faveur des Syriens (notamment au moment de la création du Liban).
En Syrie, l'enseignement de la langue française est obligatoire dès la classe de troisième, et les écoles les plus cotées dispensent leur enseignement en français. L'héritage francophone est omniprésent, mais la France, en rompant toute relation avec Damas suite à l'attentat ayant causé la mort du Premier ministre libanais Rafic Hariri, a blessé son allié.
Doit-on y voir la raison qui pousse la Syrie à retarder inlassablement la signature du traité d'accord de libre-échange avec l'Union européenne ? Pourtant, selon les déclarations de M. Moallem, ministre syrien des Affaires étrangères, devant l'Académie diplomatique internationale à Paris le 6 octobre 2009, Damas reconnaît le courage exceptionnel de Nicolas Sarkozy  qui a, malgré le vent de critiques et de désapprobations occidentales comme orientales, tendu la main à Bachar el-Assad ce 14 juillet 2008. Cette initiative a sorti Damas de « l'axe du mal ». Et lui donne aujourd'hui l'opportunité de transformer l'essai en rejoignant le concert des nations.
La France devra maintenant poursuivre sa démarche avant que d'autres, comme la Turquie (voire un retour de la Russie ?), ne décident de reprendre l'avantage.
Pour réussir ce pari, il faudra aborder Damas sans aucune condescendance et en vrai partenaire, avec un projet politique et économique qui ne laisse d'autre choix à Bachar el-Assad que celui de l'intérêt général de son peuple et de ses alliés, dont l'Iran...
Les stigmates des années Bush (père et fils) sont bien présentes au Levant, et les Arabes, après l'humiliation provoquée par la naissance d'Israël, ne supporteront pas indéfiniment d'être soumis à la volonté d'un État, fût-il la première puissance mondiale.
Quand bien même Damas déciderait de poursuivre une politique d'apaisement face à un Occident outrageusement prétentieux (du point de vue arabe), la minorité alaouite du gouvernement syrien ne pourrait probablement plus se le permettre face aux 70 % de sunnites, aux 15 % de chiites et aux mouvements nationalistes islamistes, héritiers « tolérés » des Frères musulmans, et contrôlés non sans difficultés par le pouvoir alaouite et le parti Baas.
Si Damas peut être considéré comme jouissant d'une relative stabilité intérieure, c'est au prix d'efforts considérables de négociations et parfois de répressions pour maintenir le parti Baas au pouvoir. Rappelons-nous les événements de Hama en 1982 et la répression conduite par le pouvoir contre les Frères musulmans pour préserver la Syrie de la montée de l'islamisme ; les méthodes sont radicales, mais un peu de « realpolitik » nous permet de remettre cela en perspective dans le contexte de crise que nous connaissons : le régime islamique de Téhéran pose suffisamment de problèmes à la communauté internationale pour ne pas le conforter dans sa démarche politique en lui octroyant un allié de taille comme Damas, qui partagerait les mêmes desseins de radicalisation de la société et d'éradication d'Israël.
Pourquoi la Turquie serait-elle susceptible de pénétrer le Levant ?
Cette même Turquie, qui reconnaissait l'État d'Israël dès 1949 et qui, en 1996, signa un accord militaire de formation et de transfert de technologie avec l'État hébreu, pourrait-elle reprendre les habits de l'Empire ottoman et rétablir une sorte de «  pax ottomane »  sur le Levant ?
 Parce que l'Europe, frileuse, n'a pas réussi (l'a-t-elle véritablement souhaitée un jour ?) à intégrer celle-ci dans sa structure. Elle aura bien tenté de lui offrir en compensation un rôle dans l'Union pour la Méditerranée, mais cette manœuvre habile, pensée par la France, n'a toujours pas démontré son efficacité.
Si l'Europe se fait désirer, la Turquie garde l'initiative. Et se tourne vers le Levant où l'union reste à construire : une réaction pourtant prévisible, et tellement pragmatique, qui permettrait à cette nation à l'histoire impériale de trouver ce que l'Europe lui refuse : un rayonnement à la hauteur de ses ambitions.
Les relations entre Ankara et Damas ne datent pas d'hier : amour et haine se sont succédé sans jamais laisser place à l'indifférence, et c'est là le plus important : revendications syriennes sur le sandjak d'Iskenderun (Alexandrette, région cédée par la France à Mustapha Kemal en 1938), reconnaissance d'Israël par Ankara et développement des liens entre les deux pays, la question du partage des eaux de l'Euphrate, le soutient de Damas au PKK... autant de sujets de discorde qui auront eu l'avantage de provoquer (et maintenir) le dialogue ces dernières décennies entre les deux puissances régionales.
Nous assistons aujourd'hui à une accélération sans précédent des échanges économiques et diplomatiques entre les deux pays qui pourrait conduire à une alliance stratégique puissante et influente, bien au-delà de la Ligue arabe ou du lien franco-syrien. Le point de départ de ce réchauffement aura été l'expulsion par la Syrie du leader du PKK, Abdullah Öcalan, au plus fort de la crise kurde en 1998 : la question kurde est un dossier de préoccupations communes au caractéristiques complexes, ne pouvant pas se résumer aux seules revendications autonomistes du PKK. Toujours est-il que le combat politique « légitime » du peuple kurde est englobé dans une problématique régionale : un Kurdistan indépendant deviendrait la sixième puissance pétrolière mondiale.
Le total des investissements turcs en Syrie pour la seule année 2009 dépasse 200 millions d'euros ; malgré une balance commerciale déficitaire, la Syrie aura tout de même exporté cette même année 640 millions d'euros de biens de consommation, les importations venant de Turquie s'élevant à  1,1 milliard d'euros.

Fabien TABARLY
Étudiant à l'Institut des langues et civilisations orientales - Paris
(à suivre)
Amenée à jouer un rôle important sur la scène politique et économique internationale, la Syrie d'aujourd'hui tente de se démarquer (avec un certain succès) de l'image désuète, mais encore tristement figée dans l'esprit du monde occidental, d'un pays nourrissant le terrorisme d'État.Depuis l'arrivée au pouvoir de Bachar el-Assad, nous assistons à l'émergence d'une puissance diplomatique et économique procédant à la démocratisation de sa société et à son ouverture à une économie de marché.Cette double évolution était jusque-là refusée par un gouvernement conservateur, socialiste et nationaliste, tournée vers une production autarcique visant...
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