Vénus Khoury-Ghata. (DR)
Salah Stétié, se plaçant dans la lignée de Paul Claudel et de Saint-John Perse, a expliqué qu'en tant que poète et ambassadeur, il travaillait un même matériau: le langage. Mais dans ces deux fonctions, il l'abordait de manière très différente: le langage de l'ambassadeur devant tout à la fois être très clair et ambigu.
Vénus Khoury-Ghata a connu bien de souffrances. N'arrivant plus à parler des morts, elle les appela, dans un de ses recueils de poèmes, «les obscurcis», jouant elle aussi de la plasticité du langage, prouvant ainsi qu'elle a trouvé la paix entre sa langue maternelle et sa langue d'adoption. Une paix individuelle, comme celle que recherchent nombre de femmes qui se laissent de ce fait oppresser par leurs maris. Une paix, aux yeux de Vénus Khoury-Ghata, trop chèrement payée, par la situation faite à ces femmes. L'écrivain relatant, pour souligner son propos, un voyage en Iran en compagnie d'Adonis, suite auquel elle écrivit Sept pierres pour la femme adultère.
C'est de l'orientaliste Louis Massignon, après Gabriel Bounoure, un de ses deux maîtres spirituels, que Salah Stétié a, quant à lui, appris que la paix avait un prix: «La paix est toujours à conquérir.» La guerre civile, «la plus odieuse, la plus incivile des guerres» qui l'a «profondément meurtri» et durant laquelle il s'est «retrouvé à défendre un pays en flamme, à défendre l'indéfendable» ne venant que renforcer cette conviction qu'il a exprimée dans les vers
suivants :
«La haine. La haine.
Ceux qui sont les maîtres de la paix sont aussi
les maîtres de la haine.»
(*) Vénus Khoury-Ghata, « La fille qui marchait dans le désert », Mercure De France, 2010.
Salah Stétié, « En un lieu de brûlure », Robert Laffont, 2009.

