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Liban - La situation

Impasse quasi totale à Beyrouth

En dépit de la tension, atmosphère bon enfant à la cérémonie du BIEL en l’honneur du Premier ministre du Qatar. Photo Nasser Traboulsi


Les négociations en vue d'une liste de consensus pour le scrutin municipal de Beyrouth, prévu le 9 mai prochain, n'avancent toujours pas et il semble désormais quasiment acquis, comme l'a affirmé hier soir le général Michel Aoun, que l'on s'oriente vers une bataille très politisée dans la capitale.
Pour nombre d'observateurs, il est clair qu'en haussant subitement les enchères, le chef du CPL et ses alliés cherchent visiblement à susciter une confrontation politique à Beyrouth, et cela pour diverses raisons : d'abord dans le but d'accroître la pression sur le Premier ministre, Saad Hariri, en vue d'objectifs extraélectoraux, et ensuite pour tenter de compenser les effets de cet espèce de micmac électoral qui se met en place un peu partout dans le pays, à l'exception de quelques batailles prévues ici ou là, comme à Jbeil.
Ce dernier objectif concerne essentiellement le CPL qui, dans plusieurs municipalités, notamment au Mont-Liban, entrevoit le péril que lui fait courir la dispersion de ses troupes entre des candidats au sein de listes consensuelles et des francs-tireurs ne bénéficiant pas du soutien officiel de leur formation.
S'exprimant sur la chaîne OTV, le général Aoun s'est d'ailleurs efforcé d'améliorer la visibilité de l'électorat CPL en l'exhortant à ne voter que pour les listes et les candidats ayant reçu l'investiture officielle de cette formation.
Certes, du fait de la fièvre consensuelle, d'une part, et des considérations familiales de l'autre, le phénomène de dispersion touche à peu près tout le monde, en particulier dans les régions chrétiennes. Les alliances politiquement contre-nature ne sont plus l'exception, mais assez souvent la règle.
Sauf que pour le chef du CPL, qui a bâti son crédo auprès d'une grande partie du public chrétien sur sa différence avec les autres, tous les autres, la clarté politique est pour ainsi dire une seconde nature. Et c'est un euphémisme de dire que la clarté n'est guère la caractéristique majeure de ces municipales.
Dans ces conditions, il fallait donc trouver un champ propice à une polarisation de l'opinion autour des cibles politiques traditionnelles. Or précisément, quelle ville pouvait-elle mieux que la capitale être ce champ ?
Donc haro sur Beyrouth. Pour le moment, l'escalade suscitée par le CPL ne concerne pas tant ses exigences quantitatives en matière de sièges au conseil municipal, bien qu'elles soient d'ores et déjà jugées rédhibitoires par le camp adverse, mais bien plutôt la polémique sur l'identité des négociateurs.
Toute la situation a été résumée par un mot du ministre de l'Énergie, Gebran Bassil, qui a souligné dans une déclaration au journal as-Safir la nécessité pour l'ex-opposition de négocier avec « le maître de la décision », à savoir Saad Hariri, plutôt qu'avec ses « auxiliaires », c'est-à-dire les chrétiens du 14 Mars.

Sur OTV, le général Aoun a repris cette affirmation à son compte, en utilisant des termes à peine plus polis.
Il se trouve cependant que le « maître de la décision » tient bon jusqu'ici sur un principe fondamental que son père avait fixé dès 1998, à savoir que les 12 candidats chrétiens au conseil municipal de Beyrouth doivent être nommés exclusivement par les pôles chrétiens de la ville, en particulier les députés de Beyrouth I, élus en juin dernier par une majorité d'électeurs chrétiens.
Cette nouvelle tentative du CPL de délégitimer les chrétiens du 14 Mars et de se ruer sur le « maître » sunnite a d'ailleurs été dénoncée par un proche de M. Hariri, le député Ammar Houry, qui a accusé hier le Hezbollah et le Courant aouniste de « chercher à provoquer une crise à Beyrouth ».
« Il y a une seule voie de passage pour la négociation autour des sièges chrétiens, ce sont les députés chrétiens de Beyrouth », a martelé M. Houry, démentant par ailleurs les propos de M. Bassil « qui tente de suggérer qu'il avait discuté des municipales lors d'un entretien, la veille, avec le Premier ministre. Il n'a été question que d'électricité », a-t-il assuré.
M. Houry a été plus loin encore en établissant une comparaison entre l'attitude actuelle du Hezbollah à Beyrouth et les propos tenus à la veille des législatives par son secrétaire général, Hassan Nasrallah, qualifiant le 7 mai (2008) de « jour glorieux ».
Au-delà de la question des négociateurs, il est certain que les demandes quantitatives de l'ex-opposition (5 sièges chrétiens sur 12 et 1 siège sunnite) sont jugées dans les milieux de la majorité comme étant de nature à dynamiter toute possibilité de consensus dans la capitale. Mais on n'écarte toujours pas dans ces milieux la possibilité d'un accord de dernière minute et on se dit toujours prêt à cette éventualité.
Ailleurs dans le pays, les regards sont braqués sur Zahlé où l'ancien député Élie Skaff fait désormais cavalier seul, ayant largué le CPL par dessus bord dans le but déclaré de faire de cette ville « un cimetière des partis ».
L'amertume autant que l'embarras du général Aoun à la suite de ce que l'on peut qualifier d'opération peau de banane étaient visibles hier sur OTV. Évitant toute attaque sévère à l'encontre de l'ex-allié, il a protesté de « l'authenticité zahliote » des candidats du CPL, tout en reconnaissant le « leadership grec-catholique » de M. Skaff.
Mais il a surtout annoncé qu'il allait se contenter de présenter un seul candidat dans cette ville, dont le score devrait selon lui être un « référendum » pour ou contre le CPL.
Et le plus important, c'est que pour les autres sièges, il a refusé de donner la moindre consigne de vote.
Les cas de Beyrouth et de Zahlé ne seront tranchés que le 9 mai. Dans l'intervalle, c'est le Mont-Liban qui ira aux urnes, ce dimanche. Les enjeux y seront multiples et souvent confus. Mais, dans le tas, quelques batailles clairement politiques se dessinent. Elles donneront le pouls de la rue chrétienne.
Les négociations en vue d'une liste de consensus pour le scrutin municipal de Beyrouth, prévu le 9 mai prochain, n'avancent toujours pas et il semble désormais quasiment acquis, comme l'a affirmé hier soir le général Michel Aoun, que l'on s'oriente vers une bataille très politisée dans la capitale.Pour nombre d'observateurs, il est clair...
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