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Liban - En Dents De Scie

Croisière en absurdie


Le tourisme est l'industrie qui consiste à transporter des gens qui seraient mieux chez eux dans des endroits qui seraient mieux sans eux.
Jean Mistler

Seizième semaine de 2010.
Il y a quelque chose à la fois de malsain et de très fatigant dans cet outil, ce bulldozer marketing certes indispensable qu'est le lobbying. Il flotte constamment au-dessus d'un lobby, quel qu'il soit, une odeur rance, malvenue et abortive de ghetto(isation) - le lobby juif, sioniste ou pas soit-il, ne fait aucunement exception. Loin de là.
L'axiome de départ est absolu, c'est-à-dire définitivement non négociable : dans l'histoire de l'humanité, la Shoah est sans doute la pire des ignominies, la preuve indiscutable que souvent l'animal est meilleur que l'homme. Cela rend encore plus insensée, toutes proportions gardées, la reproduction fréquente par les gouvernements israéliens de la gestuelle et de la sémantique nazies, aussi bien dans les territoires palestiniens qu'au Liban, comme à Cana il y a pile quatorze ans. Analysées alors à l'aune de cet axiome, certaines réactions des lobbys juifs aux quatre coins de la planète deviennent, au-delà du pathétique qui les bouffe, très culottées, carrément obscènes.
Le Conseil représentatif des institutions juives de France et le Centre Simon Wiesenthal ont ainsi accusé le Club Méditerranée d'avoir cédé au refus du Liban d'accueillir des passagers à Byblos, escale parmi d'autres d'une croisière dans différents ports de l'antiquité, dont les passeports sont estampillés d'un visa ou d'un tampon israéliens. Ces organisations juives ne se sont pas arrêtées en si bon chemin, accusant l'organisateur de voyages de complicité de boycott au relent de racisme, un acte de guerre. Pas moins.
L'argutie de ces lobbys juifs n'est pas seulement ridicule et hors sujet, elle est fallacieuse, stérile et terriblement hypocrite. Le Liban est en guerre contre Israël, dont les viol(ation)s au quotidien de la souveraineté territoriale libanaise et par conséquent de la résolution 1701 de l'ONU sont innombrables. Ces lobbys-là savent pertinemment que les autorités libanaises n'ont rien contre les juifs, bien au contraire ; ils savent que ces derniers font, comme toutes les autres communautés, partie prenante du tissu socioreligieux du pays ; ils savent qu'il n'y a là aucun racisme, juste une façon, peut-être un peu maladroite, un peu puérile et pas très productive de sanctionner l'État hébreu et ses politiques souvent aux limites de la barbarie.
Mais tous ces lobbys, où qu'ils soient, savent aussi très bien à quel point un Liban éclatant et brillant de mille et un feux sur le plan touristique peut être dangereux pour Israël, à quel point il est une menace économique, même encore balbutiante ; à quel point, dans la diversité de ses offres, dans ses nuits encore plus belles que ses jours, dans sa relative stabilité, dans son hypervisibilité médiatique de l'an de grâce 09 (les lobbys juifs regardent CNN et lisent le New York Times...), le pays aux cèdres surpasse de loin, dans ce cas bien précis, son voisin du Sud. Du coup, le triple terrorisme intellectuel, moral et psychologique exercé sur le Club Med prend des allures de chantage à la guerre nucléaire à laquelle, évidemment, malheureusement et vraiment pas intelligemment, l'entreprise dirigée par Henri Giscard d'Estaing a cédé.
Maudit par la géographie et par tous les dieux, le Liban l'est aussi par certains de ses propres fils, attirés bien davantage par une idéologie exogène, même pas arabe, et par une politique des axes infiniment cancérigène.
À la veille d'une saison touristique 2010 que les Libanais veulent encore plus retentissante que celle qui l'a précédée, le problème ne vient pas seulement d'un État hébreu qui affiche jour après jour des volontés et une détermination férocement belliqueuses, ni de ces lobbys juifs qui finalement font ce pour quoi ils sont payés. Le problème vient aussi, surtout, de l'Intérieur - et comme par hasard, comme pratiquement à chaque fois depuis quelques années, du Hezbollah et de son allié aouniste grâce auquel il peut prétendre à une dimension extracommunautaire, nationale. Un Hezb qui refuse, c'est aussi obscène que tout le reste, de céder à l'État libanais le monopole des armes, et, surtout, cette décision de guerre et de paix qui avait littéralement ruiné le pays en 2006. Un Hezb qui estime, aux antipodes de l'immense majorité des Libanais, ses partisans inclus, que le tourisme est un luxe superflu, une lubie d'Occidental, un caprice stupide et indigne, incompatible avec l'urgence souvent martelée par l'improbable Mahmoud Ahmadinejad d'éradiquer littéralement l'État hébreu et de se consacrer à la lutte (la solution ?) finale.
Le constat est saumâtre et sinistre et ce n'est pas la première fois qu'une telle convergence, certes fondamentalement involontaire, est crachée aussi crûment : Hezbollah et Israël se moquent impérialement de ce qui peut contribuer à une prospérité libanaise, le premier se basant sur une échelle de priorités éminemment personnelle, surréelle même et au bas de laquelle il a placé, en l'occurrence, le tourisme, et le second par désirs fous de vengeance et par haine - deux sentiments partagés presque sans retenue par une Syrie que rien ne satisfait autant qu'un Liban souffreteux, souffrant de mille et une misères, de toutes ses malédictions.
Un ménage à trois invulnérable. Pour l'instant.
Le tourisme est l'industrie qui consiste à transporter des gens qui seraient mieux chez eux dans des endroits qui seraient mieux sans eux. Jean Mistler
Seizième semaine de 2010.Il y a quelque chose à la fois de malsain et de très fatigant dans cet outil, ce bulldozer marketing certes indispensable qu'est le lobbying. Il flotte constamment au-dessus d'un lobby, quel qu'il soit, une odeur rance, malvenue et abortive de ghetto(isation) - le lobby juif, sioniste ou pas soit-il, ne fait aucunement exception. Loin de là.L'axiome de départ est absolu, c'est-à-dire définitivement non négociable : dans l'histoire de l'humanité, la Shoah est sans doute la pire des ignominies, la preuve indiscutable que souvent l'animal est meilleur que l'homme. Cela rend encore plus...
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