Suivre à la trace les missiles Scud que la Syrie est accusée d'avoir fournis au Hezbollah ne sera pas une mission facile, préviennent des experts, rappelant à quel point les alliés avaient eu du mal à identifier les Scud irakiens lors de la première guerre du Golfe.
Faire passer des missiles et des lanceurs au Liban, à la barbe des services de renseignements américains ou israéliens, est « possible mais difficile », a affirmé à Dan de Luce de l'AFP un responsable du Pentagone sous couvert d'anonymat.
« Tout ce que vous avez à faire c'est de démonter en partie le missile, ce qui est relativement simple. Ensuite il n'y a plus qu'à faire passer les différents éléments dans plusieurs véhicules », a affirmé de son côté Anthony Cordesman, analyste au Center for Strategic and International Studies.
La Syrie a été accusée par le président israélien Shimon Peres de fournir au Hezbollah des missiles Scud, susceptibles d'atteindre l'ensemble du territoire d'Israël. Les États-Unis, lui emboîtant le pas, ont demandé des explications sans pouvoir confirmer l'existence de ces livraisons.
En 1990 et 1991, pendant la première guerre du Golfe, les armées de l'air des forces alliées ont peiné à identifier et à détruire les Scud de Saddam Hussein. Les missiles et leurs lanceurs mobiles, cachés dans des ravins ou sous des conduits d'égouts, étaient rapidement déplacés après chaque tir.
« On a monté des milliers de missions pour essayer de détruire les Scud que Saddam lançaient sur Israël et l'Arabie saoudite. Une fois la guerre finie, on s'est rendu compte qu'on les avait absolument tous ratés », a déclaré Bruce Riedel, un ancien officier de la CIA, membre de la Brookings Institution.
Néanmoins, les technologies militaires se sont améliorées depuis et la superficie du Liban est bien moindre que celle de l'Irak. Surtout, Israël « a de très bons renseignements sur place », dit Bruce Riedel, pour qui « au final » les Américains « feraient sans doute mieux » qu'en Irak.
Développés à l'origine par l'URSS, les Scud mesurent près de onze mètres et peuvent frapper des cibles jusqu'à près de 500 km. « Ça ne change pas complètement l'équation, mais ça veut dire que le Hezbollah peut toucher n'importe quelle cible en Israël », précise Anthony Cordesman.
Inquiétudes US
L'inquiétude vient surtout de la possibilité de doter ces missiles d'armes chimiques, préviennent les experts, même si aucun élément concret ne laisse penser que ce soit le cas.
Quoi qu'il en soit, l'administration Obama reste persuadée que la Syrie a accru son soutien militaire au Hezbollah.
« Il y a la question des Scud et plus largement celle de l'aide apportée en matière d'armes de pointe », a déclaré un responsable américain à la presse, sous couvert d'anonymat. « La coopération entre la Syrie et le Hezbollah s'intensifie et ça peut être déstabilisant » pour la région, a-t-il poursuivi.
Mercredi, Washington a soudain durci le ton face à Damas, par la voix de son secrétaire d'État adjoint pour le Proche-Orient, Jeffrey Feltman. « Si ces informations s'avèrent exactes, nous allons examiner toute la gamme des outils à notre disposition pour faire changer d'avis la Syrie », a-t-il affirmé.
La crise survient au moment où les rapports entre Damas et Washington poursuivaient leur amélioration après des années de tensions. Elle intervient aussi alors que le Sénat examine la nomination, par le président Barack Obama, d'un nouvel ambassadeur des États-Unis en Syrie où les Américains n'avaient plus de représentant diplomatique depuis 2005.

