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Moyen Orient et Monde - Le Point

Le legs de Gordon

Seize millions de Soudanais ont commencé à se rendre aux urnes en début de semaine pour des élections législatives, régionales et présidentielle, les premières en près d'un quart de siècle, qui verront probablement la victoire d'un président, en place depuis vingt et un ans et qui présente la particularité unique d'être sous le coup d'un mandat d'arrêt émanant de la Cour pénale internationale de La Haye pour crimes de guerre et contre l'humanité. Autre anomalie : le Sud devrait accéder à l'indépendance dans dix mois, une expérience vouée, encore une première, à l'échec. Pendant ce temps, troisième étrangeté, le monde entier applaudit à cette double parodie de démocratie, en vertu du bon vieux principe énoncé jadis par Cocteau : « Puisque ces mystères nous dépassent, feignons d'en être les organisateurs. »
À peine entamées, les opérations ont bénéficié lundi d'une rallonge de deux jours, tandis qu'elles étaient suspendues dans certaines régions du Sud pour des raisons, a-t-on pudiquement annoncé, de « carences de logistique ». Comprendre : absence de nombreuses urnes, listes incomplètes d'électeurs, erreurs sur les symboles des partis et mauvaise information sur la localisation des bureaux de vote. Mais d'ores et déjà les deux grands rivaux d'Omar el-Bachir, Yasser Arman (Mouvement de libération du peuple du Soudan) et l'ancien Premier ministre Sadek el-Mahdi (Oumma), avaient décidé de se retirer de la course. Mariam el-Mahdi, porte-parole de ce dernier, avait jugé, réaliste, que « tout cela va coûter cher et on aurait mieux fait de ne pas organiser cette consultation ». Où l'on voit que démocratie et économie ne font pas toujours bon ménage... Ancienne éminence grise du régime, Hassan el-Tourabi (Parti populaire du congrès) a choisi, lui, de rester en lice, « parce que la formation du chef de l'État, le Parti du congrès national, ne peut pas l'emporter dans les 970 circonscriptions » (270 au niveau national, 700 au niveau des États fédérés), imité en cela par le Parti démocratique unioniste de Mohammad Osman el-Mirghani qui vient de renoncer à son boycott, « en raison des pressions de notre base ».
L'erreur consisterait à voir dans cette immense fédération, le plus vaste territoire d'Afrique avec ses deux millions et demi de kilomètres carrés, adossé à tant d'autres - Tchad, Libye, Égypte, Érythrée, Éthiopie, Kenya, Ouganda, République démocratique du Congo, République centrafricaine), un bloc monolithique, immuable dans le temps. Et dans son président un homme mal toléré par les siens. Rien n'est moins vrai. Pour peu que tout se déroule comme prévu, le Soudan serait sur le point de renoncer à sa partie méridionale, ouvrant la voie à d'autres sécessions possibles, celles du Darfour et de l'est du Sud-Kordofan pour ne citer que ces deux régions. Et comme pour compliquer les choses, la géologie a voulu placer les champs pétrolifères le long de la ligne nord-sud, comme une invite à des conflits à venir impliquant des intérêts de « majors » et de géants émergents, comme la Chine.
N'en déplaise à ses détracteurs, Béchir est adulé chez lui où on apprécie son air bon enfant, son langage simple, sa présence dans les meetings électoraux, surtout lorsque, en longue djellaba immaculée et turban traditionnel, il esquisse quelques pas de danse en faisant de grands moulinets avec la canne qui ne le quitte jamais. Et l'électeur ne saurait rester insensible aux bienfaits générés par les retombées de la manne de l'or noir et les milliards injectés dans les secteurs les plus divers. Fini le temps où le putschiste de 1989 était honni par la communauté internationale, encouragée en cela par certains de ses pairs au sein de la Ligue arabe . Oubliés ses tendances islamistes et son flirt poussé avec el-Qaëda qui lui avaient valu en 1998 le bombardement d'une usine de la banlieue de Khartoum en représailles au bombardement des ambassades US à Dar es-Salaam et Nairobi. Aujourd'hui, plus personne ne veut se rappeler que trois millions d'êtres vivent dans des camps de fortune, secourus au compte-gouttes, pour se souvenir que la terrible guerre de sept ans a pris fin officiellement en 2005.
Barack Obama avoue son impuissance lorsqu'il reconnaît qu'« il n'existe pas de réponses simples aux défis qui se posent » dans cette partie du monde ; Jimmy Carter pense que « l'appui mitigé de Washington ne peut aboutir qu'à des résultats douteux ». Le département d'État qualifie le scrutin en cours d'« important pas en avant ». Enfin, son envoyé spécial, Scott Gration, s'est résigné à des élections « aussi libres et équitables que possible ».
Les héritiers de Gordon, c'est clair, ont du mal à assurer la succession.
Seize millions de Soudanais ont commencé à se rendre aux urnes en début de semaine pour des élections législatives, régionales et présidentielle, les premières en près d'un quart de siècle, qui verront probablement la victoire d'un président, en place depuis vingt et un ans et qui présente la particularité unique d'être sous le coup d'un mandat d'arrêt émanant de la Cour pénale internationale de La Haye pour crimes de guerre et contre l'humanité. Autre anomalie : le Sud devrait accéder à l'indépendance dans dix mois, une expérience vouée, encore une première, à l'échec. Pendant ce temps, troisième étrangeté, le monde entier applaudit...
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