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Culture - Commémorations

Symphonie douce-amère pour le Théâtre de Beyrouth

Séquence « souvenirs souvenirs » au TDB pour « animer » la signature de « Théâtre Beyrouth », un ouvrage de Hanane Hajj Ali (éd. Amers) à haute teneur historique et critique.

Hanane Hajj Ali signant son ouvrage.  (Wassim Daou)

Une salade douce-amère aura été servie ce soir-là au Théâtre de Beyrouth. Un soir de 13 avril (la fameuse date funeste du début de la guerre de 75), pour lancer Théâtre Beyrouth (239 p., éd. Amers) de Hanane Hajj Ali. Et pour marquer la (énième) réouverture du TDB, laquelle coïncide avec la clôture de « Beyrouth, capitale mondiale du livre ». La grande famille du théâtre - ou du moins une partie, dont les pionniers, Gabriel Boustany, Alain Plisson et Rogert Assaf - s'était réunie pour rendre hommage au lieu mythique (oui, n'ayons pas peur du mot) à l'enseigne rouge, aux portes martelées en cuivre, aux colonnes en arcades, à la voûte en pierre et à l'épais rideau en velours.
Un parfum de nostalgie, une odeur mélangée d'humidité et de poussière semble comme flotter au-dessus de ce théâtre qui joue à cache-cache avec le passé.
« Dans ce pays à la mémoire endolorie, il est heureux qu'il existe encore des personnes qui s'acharnent à réveiller les souvenirs, à aiguillonner l'histoire de la ville », a lancé Roger Assaf dans son mot de bienvenue. « 16 268 jours que cette scène existe », a ajouté l'homme de théâtre avant de laisser la place à une première séquence en images et en sons. Préparée par le groupe Agora, sous l'intitulé « Masrah Beyrouth, 1965 - 2005 », ou des scènes choisies de pièces de Gabriel Boustany, Issam Mahfouz, Masrah al-Hakawati, Élias Khoury, Issam Bou Khaled, Roger Assaf et Hanane Hajj Ali. Sur un écran géant, ont défilé alors des images en noir et blanc, des scènes de pièces qui ont fait vibrer ces mêmes planches. Pour le spectateur, les mots meurent au bord des lèvres. Les images surgissent, multiples et variées. Elles parlent d'un temps que les moins de trente ans (et même de quarante) ne peuvent pas connaître. Un extrait audio de la pièce Géha aux villages frontaliers de Jalal Khoury avec Nabih Abou el-Hosn a été suivi d'une danse de geisha en deuil. De jeunes acteurs malentendants et muets, sous la direction de Issam Bou Khaled, ont ensuite investi la scène avec une vitalité joyeuse. Le travail de cette troupe installée au TDB mérite d'être salué. Puis Hanane Hajj Ali a interprété une magistrale scène tirée du Jardin de Sanayeh.

Une chronique analytique du théâtre
Il ne s'agit d'un secret pour personne. Hajj Ali a toujours favorisé l'action concrète aux paroles vaines et sans issue. Elle, c'est un corps au travail. C'est le corps comme discours, supplétif à la parole. Non pas qu'elle ait sa langue dans la poche. Loin de là. Mais elle a la mémoire du cœur, celle qui s'inscrit comme une blessure. Et elle a consigné ses pensées, ses souvenirs, ses analyses avec dignité et franchise. Cette femme de caractère s'est donc lancée à la poursuite des souvenirs perdus. De la mémoire d'un théâtre, le premier à être fondé à Beyrouth, en 1965, à l'occasion d'une pièce de Gabriel Boustany, mise en scène par Michel Ghorayeb. L'ancien cinéma Hilton (lui-même ex-garage), entièrement réaménagé par le mécène Saïd Sinno, qui persiste encore aujourd'hui à soutenir cet espace-laboratoire d'idées et d'expérimentations.
Sa chronique est pleine de visages, mais aussi d'analyses. D'aventures loufoques et de souvenirs désenchantés. Mêlant anecdotes et souvenirs, philosophie et critique. Mais point de nostalgie sirupeuse au fil des récits. Pas du tout pour revendiquer un idéal passéiste glorifiant les années soixante - où le rétro peut parfois s'égarer -, orientant plutôt le lecteur vers l'impossibilité déchirante de saisir exactement les événements, les personnes ou les choses. Dès le début, l'attention est attirée sur une analyse de l'espace théâtral, pour accentuer l'importance du lieu. Et son devenir fantôme ?
Espérons que non. Parce que nous sommes ainsi faits, malgré tout, l'optimisme l'emporte.
Une salade douce-amère aura été servie ce soir-là au Théâtre de Beyrouth. Un soir de 13 avril (la fameuse date funeste du début de la guerre de 75), pour lancer Théâtre Beyrouth (239 p., éd. Amers) de Hanane Hajj Ali. Et pour marquer la (énième) réouverture du TDB, laquelle coïncide avec la clôture de « Beyrouth, capitale mondiale du livre ». La grande famille du théâtre - ou du moins une partie, dont les pionniers, Gabriel Boustany, Alain Plisson et Rogert Assaf - s'était réunie pour rendre hommage au lieu mythique (oui, n'ayons pas peur du mot) à l'enseigne rouge, aux portes martelées en cuivre, aux colonnes en arcades, à la voûte en pierre et à...
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