J'avoue être inquiet de la tournure que prennent les événements, et des centaines de milliers de Libanais partagent mon avis. Mais hélas, dans ce jeu d'échecs machiavélique qui a pour partenaires l'Iran, la Syrie, Israël et le parti de Dieu, nous voyons qu'en définitive, le plus grand perdant, dans le cas d'une guerre, sera encore une fois le Liban.
Analysons les faits, pays par pays, et voyons les conséquences néfastes d'une guerre.
Iran
C'est le grand manitou de cette lutte sanglante qui se prépare ; c'est l'argentier principal, qui avance les fonds, qui excite les antagonistes, dans l'espoir d'une guerre destructrice, laquelle, en définitive, aura pour champ de bataille le pays du Cèdre et où, sans aucun complexe, ils sont prêts à livrer la bataille, qu'ils espèrent définitive, contre l'ennemi israélien, et cela jusqu'au dernier Libanais. Une fois arrivé à ses fins et ayant épargné à son sol toute action guerrière, il serait prêt à signer un traité de paix avec les Israëliens en avançant les arguments suivants : arrêter la guerre sur le territoire libanais, en dédommageant et imposant au parti de Dieu ses desiderata, dépenser de nouveaux fonds pour la reconstruction du pays et ainsi gagner en prestige auprès des populations lasses et désespérées, qui seraient prêtes à tabler sur l'option d'une République islamique, qui ramènerait paix et miséricorde dans nos régions, en faisant jouer la loi du nombre. Ce plan diabolique, où même le taux d'émigration des élites intellectuelles libanaises aura été étudié, permettra à la masse populaire, aveuglée par les slogans religieux des dirigeants, d'accepter tous les compromis.
Le Liban dans sa forme actuelle était indigeste, car trop riche pour être absorbé par ses voisins, mais un Liban pauvre, qui aurait toutes ses structures détruites, un Liban allégé de ses trop nombreux habitants riches, intellectuels et indépendants, deviendrait une proie idéale pour les futurs conquérants, qui rêvent depuis des années de mettre la main sur cet objet de tant de convoitises.
Syrie
Les Syriens continueront à jouer le rôle de transitaires de la région et pour eux le plus important serait de se maintenir en dehors du conflit et de savoir, au moment opportun, tirer les marrons du feu.
Tout passage d'armes et de combattants est payé comptant ; son armée ne sera pas impliquée dans la future guerre et sera toujours prête à occuper le Liban en s'appuyant sur l'argument que c'est la seule armée capable de redonner paix et tranquillité à notre pays, et mater le parti de Dieu, quand son infrastructure sera enfin démolie. Les prosyriens, qui sont hélas nombreux, seraient prêts à s'emparer du pouvoir et, sans les nommer, nous voyons déjà à l'horizon se profiler les leaders chrétiens, druzes, sunnites et chiites qui reprendront leur place perdue lors du départ de leur sponsor.
Liban
La destruction complète de son infrastructure est assurée, car tout missile envoyé recevra sa réponse immédiate. Son statut d'État libéral sera relégué aux oubliettes ; ses intellectuels seront disséminés dans le monde arabe et occidental ; ses poches de résistance complètement soumises ; il deviendra un État satellite où tout citoyen qui accepte la soumission sera protégé et où les insoumis iront augmenter le nombre des Libanais dans les prisons syriennes, sans qu'aucune nation libre n'ait le droit de les réclamer. Bien entendu, la presse et la télévision passeront sous le contrôle de l'occupant.
Israël
Beaucoup de destructions en perspective, mais la vengeance sur tous les points vitaux sera terrible et toutes les nations occidentales, y compris les USA, viendront l'appuyer. Si nos trois amis du bloc irano-syrien-parti de Dieu espèrent sa destruction, ils se font des illusions, car toutes les nations du monde se ligueront pour le reconstruire, alors que le Liban ne pourra espérer que les miettes envoyées au compte-gouttes à certaines régions du pays.
Avant qu'il ne soit trop tard, nous demandons aux responsables libanais de réagir fermement à toutes ces provocations inutiles, qui sèment le désespoir et le doute au sein de toute cette majorité silencieuse qui se sent flouée et oubliée. Nous demandons des explications sur la non-intervention de nos dirigeants quand des leaders de l'opposition attaquent, prévoient, accusent et poussent l'État hébreu à une guerre sans merci sur notre sol.
Le peuple libanais est fatigué des enquêtes en demi-teintes, des crimes dévoilés et escamotés pour faire plaisir à X ou Y.
Nous exigeons du gouvernement qu'il désarme les milices, à quelque bord qu'elles appartiennent, et d'appliquer la loi dans toute sa rigueur envers tous les contrevenants, car personne ni aucun parti ne peut être au-dessus des lois.

