Le frère jumeau du président défunt, Jaroslaw Kaczynski, est longtemps resté agenouillé devant son cercueil. Joe Klamar/AFP
À Varsovie, il a été accueilli par sa famille et toute la classe politique polonaise au cours d'une cérémonie officielle. La fille du président, Marta, a été la première à s'agenouiller devant le cercueil recouvert d'un drapeau polonais blanc et rouge. Après elle, c'est le frère jumeau, Jaroslaw Kaczynski, qui lui a rendu hommage. Il est longtemps resté agenouillé devant son cercueil avant d'y apposer brièvement la main et de faire un signe de croix, le visage impassible. Les officiels, dont le président de la Diète (chambre basse du parlement), Bronislaw Komorowski, qui assure l'intérim à la tête de l'État, se sont recueillis un à un devant le cercueil qui a ensuite a été placé dans un corbillard et a quitté l'aéroport aux sons de la Marche funèbre de Frédéric Chopin. Il a parcouru les rues de la capitale jusqu'au palais présidentiel. Des dizaines de milliers de Varsoviens étaient massés le long du trajet pour lui rendre hommage.
Toutefois, gravement malade, la mère de Lech Kaczynski, Jadwiga Kaczynska, n'a toujours pas été informée du décès de son fils.
Depuis samedi, toute la Pologne observe un deuil national après une nuit d'hommages spontanés et de prières à l'intention des victimes de la catastrophe aérienne survenue près de Smolensk, qui a fait au total 96 morts, dont plusieurs hauts responsable politiques et militaires polonais. Ironie terrible du sort, la délégation polonaise se rendait aux cérémonies du 70e anniversaire du massacre de milliers d'officiers polonais, exécutés sur l'ordre de Joseph Staline à Katyn, près de Smolensk. En Pologne, pays catholique à 90 %, les messes dominicales traditionnellement très fréquentées étaient dédiées aux victimes de la catastrophe. À midi, deux minutes de silence ont été observées dans tout le pays. Les voitures et les piétons se sont figés à travers toute la Pologne, tandis que les sirènes hurlaient.
Réunis devant le siège du Parlement, les membres du gouvernement, les députés et les sénateurs ont allumé des bougies. Les foules ont observé le silence devant le palais présidentiel, dans le centre historique de la capitale. D'immenses tapis de bougies et de fleurs, déposées par les Varsoviens depuis samedi ornaient la chaussée. Tous les centres commerciaux, qui attirent traditionnellement le dimanche les Polonais par familles entières, étaient fermés ce jour-là. Les drapeaux en berne étaient visibles non seulement sur des bâtiments publiques, mais aussi dans des fenêtres d'appartements et sur des voitures.
Les corps des autres victimes, dont de hauts responsables politiques de différentes affiliations de droite à gauche, ont été transportés à Moscou. Le corps de l'épouse de Lech Kaczynski, Maria, n'a pas été identifié pour l'instant, selon la présidence polonaise.
Des experts russes et polonais ont commencé hier à étudier ensemble les boîtes noires de l'avion présidentiel, ont rapporté les médias russes en citant le ministère des Transports. Les pilotes polonais de l'appareil ont été mis en cause samedi par les autorités russes. L'analyse des conversations entre les pilotes de l'avion présidentiel et les aiguilleurs russes permet d'exclure la thèse d'un accident dû à un problème technique, a déclaré hier le chef du comité d'enquête du parquet russe.
Après ce drame, la Pologne va devoir renouveler une grande partie de sa classe politique et militaire, mais la stabilité du pays n'est pas en danger, selon les experts. « C'est une situation dramatique, traumatisante (...) mais il est absolument certain que la stabilité institutionnelle de la Pologne est assurée par des procédures constitutionnelles bien établies », a déclaré à l'AFP le professeur Edmund Wnuk-Lipinski, politologue reconnu. Tant le président que les responsables militaires et le gouverneur de la banque centrale disparus dans l'accident ont été immédiatement remplacés, suivant les procédures légales en place. « Le vrai problème se posera au Parlement », explique-t-il. « L'opposition conservatrice a été décimée par cette tragédie dont l'impact sur les élections parlementaires de l'année prochaine est encore inconnu ». Les Polonais vont en outre devoir se rendre dans les bureaux de vote avant la fin juin pour une élection présidentielle anticipée.


