La démarche syrienne, ce cahier des charges que Damas impose au Premier ministre libanais, s'inscrirait dans la logique d'un contexte géopolitique global parfaitement clair côté syrien : la Syrie serait de nouveau en position de force au plan régional, et plus particulièrement au niveau des relations libano-syriennes, cinq ans après le retrait de ses forces du Liban. Et si les développements à venir restent incertains, tant du point de vue de la crise du nucléaire iranien que de l'acte d'accusation du TSL, Damas peut se positionner entre-temps dans son dialogue avec l'Occident comme une clef dans le règlement du contexte global et potentiellement d'une paix régionale, et œuvrer activement pour recouvrer (en contrepartie ?) son hégémonie au Liban. Cette perception aurait été nettement évoquée par le président syrien lors de ses récentes rencontres avec des dirigeants libanais, à qui il aurait affirmé que la Syrie est aujourd'hui aussi forte qu'à l'époque du président Hafez el-Assad, sinon plus.
Inutile de dire que ce scénario, qui conduit au final au retour hégémonique de Damas au pays du Cèdre - plus subtil et pernicieux puisqu'il n'engagerait pas les forces syriennes -,
n'est pas sans créer certains problèmes sur la scène libanaise, notamment chez Saad Hariri. Lequel souhaiterait de tout cœur rester en phase avec le dialogue saoudo-syrien et ouvrir une nouvelle page avec Damas, mais dans le respect des principes qui régissent les relations d'État à État, c'est-à-dire dans une relation horizontale, et non verticale comme celle qui unirait par exemple un vassal et son seigneur. D'où certaines appréhensions, chez Saad Hariri, de se rendre prestement à Damas, d'autant que, si la Syrie se plaint nommément de certaines personnalités politiques libanaises et d'une certaine opinion publique qui continuent à critiquer sa politique et demandent que le Premier ministre y remédie illico presto, elle ne semble faire aucun geste de bonne volonté de son côté. Selon des sources bien informées, l'Arabie saoudite et la Turquie auraient effectué une intervention hier pour tenter de réchauffer, autant que faire se peut, les relations.
C'est dans ce contexte difficile que les incidents des derniers jours se sont produits. En tant que tels, il s'agit d'incidents apparemment isolés, et qui n'entrent pas dans le cadre d'une machination quelconque fomentée par une partie. Ils ont cependant donné lieu à une exploitation politique flagrante de la part du 8 Mars. L'affaire de Ouyoun Orghoche, par exemple, banale affaire de lutte de clans (entre Baalbeckiotes et Bécharriotes) sur fond de querelle territoriale de longue date, ressemble à un mini-Notre-Dame de la Délivrance, et il ne serait guère étonnant que ce genre d'incident visant à détruire médiatiquement et politiquement l'image des Forces libanaises et de Samir Geagea se multiplie. Ironiquement, le destin a voulu qu'elle soit suivie immédiatement d'autres rixes dans des régions dépendant de la sécurité du Hezbollah cette fois. Le Hezbollah, qui a foncé dans la diabolisation des FL à Ouyoun Orghoche, minimise étrangement le même type d'incident dans la banlieue sud et dans le Hermel en le qualifiant de « banales querelles familiales ». Et il convient de noter que la politisation n'opère que du côté du 8 Mars : Samir Geagea s'était bien gardé, lui, d'accuser le Hezbollah au lendemain de la querelle à l'arme blanche qui avait fait un tué à Aïn el-Remmaneh aux mains de jeunes de Chiyah, l'an dernier.
Qu'en est-il de l'affaire de Kfar Zabad ? Tout porte à dire qu'il s'agit d'un incident interne au sein du FPLP-CG, dans le cadre d'une guerre d'influence exprimant un certain ras-le-bol par rapport à la direction d'Ahmad Jibril à partir de Damas. Quoi qu'il en soit, l'essentiel, une fois de plus, réside au niveau de la politisation de l'incident. Hier, comme déjà jeudi, le responsable du FPLP-CG, Abou Imad Ramez Moustapha, s'en est pris à la section des informations des FSI, affirmant qu'elles étaient derrière la mutinerie, et que tout un réseau lié à cette section avait été démantelé. C'est là que réside l'essentiel, puisque l'accusation éminemment politique du très prosyrien FPLP-CG vise de plein fouet une branche sécuritaire considérée proche du camp du Premier ministre. Serait-ce donc un message syrien rappelant à Saad Hariri que, pour régler le problème des armes palestiniennes extra-muros, le passage par Damas reste inévitable ? La question reste ouverte
Il reste que le Premier ministre pourrait lui aussi saisir cette occasion pour s'adresser aux dirigeants syriens et remettre sur le tapis la question des armes palestiniennes prosyriennes extra-muros, qui avait fait l'objet d'un consensus lors de la première séance du dialogue national, dans la foulée de l'intifada de l'indépendance. D'autant qu'il est apparu au grand jour que ces armes ne sont plus retranchées dans leurs agglomérations de base, comme à Naamé ou à Qoussaya, mais qu'elles s'implantent dans différents villages surplombant désormais l'aéroport de Rayak et la ville de Zahlé, et qu'elles constituent désormais une menace directe pour la vie de nombreux habitants.


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