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Nos lecteurs ont la parole

Mon pays, cet éternel romantique

Par Hala MOUBARAK
On m'avait dit qu'il faut de tout pour faire un monde. On m'avait dit aussi que « tout », ça pouvait être n'importe quoi aussi.
Et puis, avec le temps, j'ai pu me rendre compte que ce sont tous ces petits riens qui font le monde. Tous ces petits détails qui peuvent changer le cours des heures, les sanglots du vent.
Ces « bonjour » le matin, malgré l'embouteillage et les contresens.
Ces petits  « rien »...
Et il a fallu que cette phrase soit mise sur table, comme des cartes au milieu d'un poker. Ce pays où l'on se sent étrangement bien.
C'est vrai, ces petits mots qui ne peuvent rien dire mais qui, placés comme ça, font justement toute la différence. Parce que ce pays est fait de tant et tant de petits riens.
De l'odeur du café dans les rues de Beyrouth aux pas des cafetiers que l'on entend toujours.
De ces voiles en couleurs et des cheveux au vent.
De cet enfant qui mange une glace au « messkeh » à la voix de Feyrouz au petit matin.
Des histoires de mon père au ballon qui brisa la vitre des voisins.
Des vignes sur les toits et du vin qu'on puise au milieu d'un bal.
Du narguilé au balcon à ces hommes qui se retrouvent pour jouer au trictrac.
Et la voix des poètes qui trouve toujours écho.
Il y a de la joie dans le fait d'habiter dans ce coin-là du monde, la politique mise à part. Les choses sombres et douloureuses qu'on se raconte aussi. Les histoires que chacun a vécues à sa manière sûrement. Les exils et les bagages... et malgré tout.
C'est l'existence.
Ensuite, ce sont les regards brillants des amis. Et ces verres d'alcool, le soir à Gemmayzé, où l'on se sent vivre.
Et tout... tous ces petits « rien » qu'on oublie de voir font que ce pays est un éternel romantique.
Étrangement aussi, nous sommes ceux qui souhaitent partir dès qu'on entend le mot guerre, au lieu de rester. Et ceux qui n'ont rien avec cette terre n'ont justement aucun problème pour y rester.
À ce pays qui est en guerre de graffitis, j'ai quelques mots à écrire ce soir.
J'aimerais promettre qu'un jour, peu à peu et pas à pas, nous avancerons et nous recouvrirons les murs de poésies. Nos luttes, passées inaperçues, au nom de l'humanité, ne seront alors qu'un symbole à honorer. J'aimerais promettre que les poètes, ces gens sincères, ressurgiront de leurs quartiers à l'intérieur desquels il n'y aura pas de porcelaine, mais de l'acier tranchant et de la chaleur.
J'aimerais promettre le triomphe des générations à venir et la révolution et le bal. Le retour des gens vivants, le retour des éclats de voix, le retour des poètes, et des sages sur leurs bancs, et du boulanger qui te salue par ton prénom, et le retour des bals.
J'aimerais promettre des mots sur les murs des maisons. Que chacun y est le bienvenu, que chacun est libre de s'y arrêter, que chacun puisse s'y adosser sans crainte. Toutes religions confondues.
J'aimerais promettre qu'un jour nos parents ne reconnaîtront plus leur monde si sombre tournant à contresens.
À ce pays où l'on se sent étrangement bien, à ces petits « rien » qui font toute la différence entre nous et les autres. J'ai la ville toute autour et cela me suffit amplement pour ces quelques mots que je vous adresse.
J'aimerais écrire quelque chose qui irait déchiqueter vos âmes et vos tripes, quelque chose qui aura son propre écho et dont on se souviendra.
On avait oublié de me dire que mon pays est un éternel romantique et il a fallu que je le vois dans les yeux pétillants d'un étranger sur ma route.
On avait oublié de me dire une quantité de choses.
On m'avait dit que rêver d'un poème ne pouvait pas changer le monde.
Les obus, si...
Et c'est un poème que je vous offre.
On m'avait dit qu'il faut de tout pour faire un monde. On m'avait dit aussi que « tout », ça pouvait être n'importe quoi aussi. Et puis, avec le temps, j'ai pu me rendre compte que ce sont tous ces petits riens qui font le monde. Tous ces petits détails qui peuvent changer le cours des heures, les sanglots du vent.Ces « bonjour » le matin, malgré l'embouteillage et les contresens.Ces petits  « rien »... Et il a fallu que cette phrase soit mise sur table, comme des cartes au milieu d'un poker. Ce pays où l'on se sent étrangement bien. C'est vrai, ces petits mots qui ne peuvent rien dire mais qui, placés comme ça, font justement toute la différence. Parce que ce pays est fait de tant et tant de petits...
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