Plutôt que de spéculer sur ce que Nasrallah n'a pas révélé et qu'il dira, selon ses propres termes, en temps voulu, les milieux politiques ont tenté tout au long de la journée d'hier de dégager le message essentiel contenu dans l'entrevue de près de deux heures. Certains ont jugé les propos « du sayyed » plus ou moins décevants, car pas suffisamment fermes, d'autres, au contraire, ont estimé qu'il a adressé un avertissement clair au Tribunal spécial pour le Liban. Ce qui est certain, c'est que le secrétaire général du Hezbollah est resté prudent, en précisant que les accusations et les rumeurs diffusées dans la presse libanaise et internationale, et discutées dans ce qu'il a appelé « les salons politiques » s'inscrivent pour l'instant dans le cadre « des accusations politiques ». Elles n'émanent pas de l'instance judiciaire et n'ont aucun caractère officiel, et Nasrallah l'a répété à plusieurs reprises : les auditions d'une douzaine de membres ou de sympathisants du Hezbollah ont eu lieu à titre de simples témoins.
Le secrétaire général du Hezbollah s'est ensuite empressé d'ajouter que, selon lui, ces pseudo-informations véhiculées par la presse ne peuvent pas être le simple fait d'imagination débordante ou de dons exceptionnels de voyance. Elles auraient donc été, selon toute probabilité, confiées aux journalistes par des sources proches du TSL, soit directement, par des personnes qui y travaillent ou qui coopèrent avec lui. Pour Nasrallah, il ne s'agit donc nullement d'un pur hasard, mais d'un plan soigneusement établi et visant à détruire l'image du Hezbollah. Il a d'ailleurs rappelé à cet égard que les rumeurs impliquant le Hezbollah ont circulé dans la presse après chaque date importante au cours de laquelle « la résistance marquait des points ». Cela a commencé après la guerre de 2006, à travers le quotidien français Le Figaro, et s'est poursuivi en 2008 après les événements de mai, et a continué en 2009 à la veille des législatives et après la libération des quatre généraux pour peser sur l'issue des élections, et voilà aujourd'hui une nouvelle série d'accusations médiatiques est lancée, alors que le pays retrouve une unité nationale plus ou moins perdue au cours des cinq dernières années.
En réponse à une question, le secrétaire général du Hezbollah a précisé que si l'objectif de cette campagne est de détruire le Hezbollah, ceux qui la fomentent devront revenir sur terre et abandonner leurs illusions, car le parti est bien plus solide qu'ils ne le croient, et ceux qui sont en charge de la résistance travaillent sans relâche, sans se soucier d'autres considérations. Il a en quelque sorte répété ce qu'avaient déclaré des cadres du parti après les événements du 7 mai 2008 et qui consistait à rappeler que ni les personnes qui ont réalisé cette opération ni les armes qui ont été utilisées ce jour-là n'étaient celles de la résistance... Nasrallah a ensuite déclaré que cette campagne peut avoir deux objectifs, soit ternir l'image du Hezbollah pour provoquer des tiraillements internes, soit l'affaiblir pour lui proposer ensuite un « deal » portant sur ses armes.
Mais le secrétaire général du Hezbollah a totalement rejeté toute implication de son parti dans l'assassinat du Premier ministre Rafic Hariri, tout comme il a clairement affirmé que son parti n'accepte pas les accusations politiques et médiatiques. À plus forte raison donc les autres...
Malgré cela, Nasrallah a affirmé la volonté du Hezbollah de coopérer avec le TSL et de continuer à répondre positivement aux demandes d'audition de membres du parti, tant que ceux-ci ont qualité de témoins. Il a toutefois posé des conditions pour que la confiance dans le TSL soit rétablie : d'abord, celui-ci doit juger les faux témoins. Il doit ensuite juger ceux qui ont poussé et manipulé ces faux témoins. Le TSL doit aussi trouver les auteurs des confidences à la presse et dans les salons avant de les juger. Il doit aussi mettre un terme à cette pratique, en respectant le principe du secret de l'instruction, d'autant que ces rumeurs ont un objectif politique. Il doit encore rendre justice à ceux qui ont été arrêtés pendant des mois, voire des années, et enfin, il doit étudier toutes les hypothèses au lieu de se contenter de ne suivre qu'une piste, celle de la Syrie d'abord, désormais écartée selon lui, et du Hezbollah.
Nasrallah a bien insisté sur le fait qu'il donne une chance au TSL pour qu'il montre « son professionnalisme », ajoutant que la coopération du Hezbollah vise à empêcher la désinformation et l'orientation de l'enquête vers de fausses pistes. Mais il n'a pas dit ce qu'il compte faire si les rumeurs véhiculées sont adoptées par le TSL et si celui-ci ne tient pas compte des conditions posées. Certains diront que la question ne lui a pas été posée. Mais il se peut aussi qu'il n'ait pas souhaité qu'on la lui pose... L'interview attendue a finalement soulevé plus de questions qu'elle n'a apporté de réponses. Toutefois, entre les lignes, il est clair que l'un des messages principaux est destiné aux partenaires libanais.


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