Faut-il rappeler que la prétendue philosophie de consensus impératif a laissé le Liban sans président de la République pendant six mois. Et qu'elle a suscité, ensuite, une crise ministérielle de cinq mois pleins. Pour que, cinq autres mois après la mise en place du gouvernement, les nominations restent en panne. Sous prétexte qu'il faut prendre le temps de s'entendre sur les critères opérationnels ou de sélection des fonctionnaires à promouvoir, en base des principes de compétence, de savoir-faire et de probité. Des règles prétendument convenues alors qu'en réalité c'est le système de copartage qui continue à régner. Ce qui signifie que le tri se ferait essentiellement en fonction des allégeances politiques ou confessionnelles des postulants, et non de leurs aptitudes professionnelles. Au mieux, les parrains des nominés choisiraient dans leurs paniers respectifs les fruits les moins mauvais.
Le vide, paralysant, sinon désintégrateur, se fait donc toujours ressentir pour nombre de rouages indispensables de la machine étatique, dans l'administration, dans la carrière ou dans le dispositif sécuritaire. Un autre contre-effet préjudiciable de la persistance de la vacance au niveau de ces postes-clés est qu'elle empêche le Liban d'opérer les réformes nécessaires à la bonne marche de l'État, mais également au redressement économique potentiel. Comme les donateurs de Paris III le soulignent et l'exigent. Or le gouvernement, englué dans ses contradictions, ses conflits d'intérêts et ses tiraillements d'influences opposées, laisse donc entendre que le dossier ne sera pas réglé de sitôt. De plus, certains de ses membres rappellent que, pour certains litiges, il faudra sans doute refiler la patate chaude à la Chambre, et à sa kyrielle de commissions, dont le rythme n'est pas non plus trépidant. C'est donc l'occasion de l'écrire : les nominations, ce ne serait pas à Pâques, mais à la Trinité, ou plutôt à la Saint-Glinglin.
Autre grave problème : le cabinet de la désunion nationale ne parvient toujours pas à sécréter un projet de budget public. Les accrochages entre les fractions qui le composent, ou même entre ministres du même bord, sur la répartition des crédits, ou sur les projets pour les régions, chaque responsable plaidant évidemment pour sa paroisse, font que le blocage persiste. Sans compter que le pouvoir tente d'éviter une surcharge des dépenses ne pouvant être allégée que par des nouveaux impôts, car les caisses sont vides, ce qui provoquerait une forte grogne populaire. L'État doit donc se résigner à subir un autre symptôme de paralysie, en se rabattant sur l'expédient bancal dit du douzième provisoire. C'est-à-dire en établissant le devis mensuel de ses dépenses, et de ses recettes, sur base du mois équivalent de l'année précédente. Lui-même copié sur son exercice antérieur, et ainsi de suite, puisque cette fantaisie dure depuis de longues années.
Retour à l'astuce de la patate chaude. Après avoir longtemps traîné les pieds pour la mise en forme d'un nouveau code électoral pour les municipales, le cabinet a fini par envoyer un projet de loi à la Chambre. Un texte comportant des réformes importantes, mais truffé de telles complexités, notamment en ce qui concerne la proportionnelle, que le Parlement n'est tout simplement pas en mesure d'en expédier l'étude, et le vote, dans les délais constitutionnels. En effet, les commissions rassemblées ne doivent commencer à en connaître que le 8 du mois en cours, à un petit mois du démarrage du processus électoral. Alors qu'en principe tout projet du gouvernement dit d'union devrait passer comme lettre à la poste à la Chambre, puisqu'il en est une reproduction en miniature. Enfin, au stade actuel, on ne sait toujours pas si les municipales vont être organisées en base d'une nouvelle loi ou de l'actuelle. Tout ce que l'on subodore, c'est qu'elles devraient être reportées à septembre, pour ne pas perturber la saison touristique d'été.


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