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Moyen Orient et Monde - Le Point

Cocktail explosif

Cette fois, il n'est plus question de « buter les terroristes jusque dans les chiottes, mais de curer les égouts pour les sortir à la lumière du jour ». Les deux formules, d'une douteuse élégance et lancées à onze ans d'intervalle, ont pour auteur Vladimir Poutine, hier chef de l'État, aujourd'hui Premier ministre, animé de la même inébranlable détermination. Certes, la fermeté de ton est toujours au rendez-vous ; c'est l'efficacité des services dits responsables qui fait défaut, comme viennent de le prouver, à quarante-huit heures d'intervalle, les quatre attentats qui ont secoué Moscou et détruit le commissariat de police de la ville de Kizliar, dans le Daguestan. À chaque fois, comme preuve de l'intention de leurs auteurs de faire le plus de victimes possible, la seconde explosion s'est produite une trentaine de minutes après la première, alors que les badauds s'agglutinaient sur les lieux et que s'organisaient les secours.
Lundi déjà, l'homme de la rue aussi bien que les médias pointaient un doigt accusateur en direction de cette véritable marmite à pression qu'est le Caucase du Nord, réveillant du coup de mauvais souvenirs que l'on croyait oubliés. Hier, la provenance des bombes humaines ne pouvait plus faire l'ombre d'un doute : il s'agit de kamikazes venus d'une chaîne de montagnes considérée comme séparant l'Europe de l'Asie, abritant des dizaines de peuples parlant non moins d'une centaine de langues ou dialectes, nourrissant une haine viscérale à l'égard du grand frère slave mais incapables de voler autrement que sous son aile tutélaire. Le Daguestani existe-t-il ? demande l'envoyé spécial de la BBC, dans le cadre d'une vaste enquête entreprise il y a peu. Réponse : « Si l'on demande à un Avar quelle est sa nationalité, il répondra qu'il est avar. À un Moscovite qui lui poserait la même question, il dira qu'il est daguestani. »
1944. Staline poursuit la réalisation d'un vieux rêve qui relève du délire. Dans le cadre de son programme de redéfinition non seulement des frontières mais également de la répartition des populations, le petit père des peuples ordonne la déportation en masse des Tchétchènes, Ingouches, Balkars et autres Karatchaïs. Du coup naît dans les cœurs un ressentiment que le temps a rendu plus vivace encore qu'aux premiers jours tandis que, sur le terrain, sont semées les graines de conflits territoriaux à venir. Avec, ainsi qu'il fallait s'y attendre, des débordements au cœur de cette Russie tant haïe-enviée. Dans les années 90, Boris Eltsine lance la troupe contre les rebelles tchétchènes, marquant le coup d'envoi d'une réaction en chaîne dont on n'est pas près de connaître l'épilogue.
Poutine avait consolidé les assises de sa présidence en gagnant son pari de mettre fin à la rébellion de Grozny - au prix de pertes considérables dans les rangs de la population et de l'armée. Il avait renforcé son emprise sur les anciennes républiques d'URSS en remplaçant leurs chefs par des dirigeants dévoués à sa cause, pour la plupart des compagnons de ses années Loubianka. Changement de tactique avec Dmitri Medvedev, au lendemain de son élection, avec une priorité à la reconstruction et à la relance de l'économie. Sans grand succès, puisque le taux de chômage dans la plupart des sept nations atteint encore 40 pour cent,que la corruption demeure répandue à tous les échelons de l'État et que le revenu par tête d'habitant est en constante chute.
La reprise des actes terroristes constitue le point d'orgue d'une agitation qui n'a cessé d'aller crescendo. Les dernières statistiques officielles indiquent qu'en 2009, le nombre d'attaques a plus que doublé ; celui des attentats-suicide a quadruplé. Mais la Kabardino-Balkarie, l'Ossétie du Nord, c'est loin. Seulement voilà : désormais, la guérilla, après une accalmie de six ans, semble s'être installée au cœur de Moscou et on pourrait sans grand risque de se tromper prévoir à plus ou moins brève échéance de nouvelles actions. Avec, cette fois, un retour en force des « veuves noires », ces épouses, ces mères qui, ayant perdu un être cher, consacrent les jours qui leur restent à vivre à se faire elles-mêmes « justice », comme ce fut le cas hier dans une école de Beslan, dans un théâtre de la capitale, à bord de deux avions de ligne. Et demain ?...
Pour lutter contre le fléau, il faudrait autre chose qu'un langage musclé, la promesse d' « annihiler » ces « bêtes » et de faire d'une telle mission « une question d'honneur ». Peut-être une certaine notion d'appartenance dont ces pays avaient oublié le sens depuis l'accès de mégalomanie du (pas) regretté Iossif Vissarionovich Djougachvili.
Cette fois, il n'est plus question de « buter les terroristes jusque dans les chiottes, mais de curer les égouts pour les sortir à la lumière du jour ». Les deux formules, d'une douteuse élégance et lancées à onze ans d'intervalle, ont pour auteur Vladimir Poutine, hier chef de l'État, aujourd'hui Premier ministre, animé de la même inébranlable détermination. Certes, la fermeté de ton est toujours au rendez-vous ; c'est l'efficacité des services dits responsables qui fait défaut, comme viennent de le prouver, à quarante-huit heures d'intervalle, les quatre attentats qui ont secoué Moscou et détruit le commissariat de police de la ville de Kizliar, dans le Daguestan. À chaque fois, comme...
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