Sur le plan palestinien, il est clair que le président de l'Autorité Mahmoud Abbas a décidé de reprendre le contrôle des camps du Liban. Le petit accrochage qu'il a eu avec le président syrien au cours du sommet de Syrte au sujet du choix entre la résistance et ce qu'il a appelé « la paix » en dit long sur le clivage entre les deux options, qui se reflète au Liban à travers des luttes intestines entre leurs représentants au sein des diverses organisations. Mais la situation aurait pu en rester là, avec des frictions constantes mais limitées, si Abbas n'avait décidé récemment de démettre le chef de la lutte armée palestinienne (groupes armés du Fateh) Mounir Maqdah pour le remplacer par un des hommes relevant de l'autorité de Mohammad Dahlan, considéré par le Hamas comme proche des Américains et coordonnant son action avec les Israéliens. Aussitôt la nouvelle connue, Maqdah a fait savoir qu'il ne s'inclinera pas aussi facilement, et ses proches ont commencé à affirmer que la personne désignée par Abbas ne pourra pas prendre ses fonctions dans les camps, notamment à Aïn el-Héloué. Abbas a d'ailleurs dépêché un émissaire, Azzam Ahmad, au Liban pour tenter de régler le problème à l'amiable, sans pour autant revenir sur sa décision. Mais selon les sources proches du Hezbollah, les Palestiniens des camps sont divisés sur le choix de la résistance dont dépend celui des armes dans et hors des camps. S'il faut ajouter à ce conflit le facteur islamiste qui se développe dans les camps et dans les quartiers entourant Aïn el-Héloué, notamment ceux dits « al-Taamir » et « les villas », qui grouillent de Libanais, la lutte pourra s'étendre à la route côtière menant vers le Sud et menacer la région sous le contrôle du Hezbollah. Ce conflit aurait pour titre général « le contrôle des armes palestiniennes », selon les propos mêmes de Abbas lors de sa dernière visite à Beyrouth, lorsqu'il avait affirmé qu'il souhaite que les armes dans les camps soient aussi sous le contrôle de l'État libanais. Dans le climat actuel, selon le Hezb, un tel conflit se transformera vite en conflit entre sunnites et chiites, surtout s'il déborde des camps vers les régions environnantes.
En parallèle, et selon les mêmes sources, les prétendues confidences sur les travaux du TSL auraient rempli leur fonction cachée d'aiguiser le conflit entre les deux grandes communautés, en faisant planer le doute sur un rôle éventuel de responsables du Hezbollah dans l'assassinat du Premier ministre Rafic Hariri. Les sources proches du Hezbollah laissent entendre que les rumeurs actuelles s'inscrivent dans la foulée de la version présentée par l'hebdomadaire allemand Der Spiegel il y a quelques mois et que les Israéliens s'étaient empressés d'adopter. Les mêmes sources ajoutent que la version finale consisterait à accuser l'ancien chef militaire du Hezbollah Imad Moghniyé et certains de ses adjoints. Elle chercherait aussi à jeter un froid dans les relations entre le Hezbollah et la Syrie en faisant croire que Moghniyé aurait été liquidé en Syrie pour faire disparaître un acteur gênant, ainsi que le général syrien Mohammad Sleiman, qui aurait été chargé des contacts avec lui et dont l'assassinat avait été attribué aux services secrets israéliens. Bref, le scénario serait totalement au point, même s'il n'est pas crédible, affirment les sources proches du Hezbollah, puisque l'enquête sur l'assassinat de Moghniyé montre l'implication des Israéliens. En même temps, les informations qui filtrent à la presse sur les auditions des enquêteurs du bureau du procureur général du TSL Daniel Bellemare créent un climat de malaise dans le pays. Selon les journalistes entendus par les enquêteurs du tribunal, les questions auraient essentiellement porté sur les moyens qu'ils utilisaient pour contacter Rafic Hariri, ainsi que sur la dernière entrevue avec le Premier ministre assassiné, la veille de sa mort. Il n'est d'ailleurs pas dit, ajoutent les mêmes sources, que la démarche des enquêteurs soit le reflet des rumeurs qui circulent dans les médias, d'autant que le bureau du procureur général Bellemare a fermement démenti tout lien avec ces rumeurs, affirmant que le TSL n'est pas politisé.
Le secrétaire général du Hezbollah devrait en tout cas préciser ce soir le point de vue du parti sur les informations qui circulent et sur son refus de toute version qui impliquerait le parti dans l'assassinat de Hariri. Les sources proches du parti affirment à cet égard que des plans plus radicaux avaient été établis pour briser le Hezbollah, notamment l'adoption de la résolution 1559, puis la guerre de 2006, et enfin les décisions portant sur le réseau téléphonique du parti, qui ont conduit à la réaction du 7 mai 2008. Tous ont échoué. Il y a donc très peu de risques que ce plan réussisse, et les sources précitées rappellent que tout ce qui est de nature à affaiblir le Hezbollah et à créer une discorde interne sert en définitive les intérêts d'Israël...

