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Liban - Éclairage

Un parallèle entre le tandem Chéhab-Nasser et Sleiman-Assad…

La longue interview accordée par Bachar el-Assad à la chaîne al-Manar a été attentivement suivie dans tous les milieux politiques libanais. Elle a d'ailleurs suscité des réactions diverses, même si les critiques ont été globalement peu violentes (excepté celles de May Chidiac au cours de la cérémonie organisée par les FL samedi au BIEL). De nombreuses parties politiques ont ainsi salué la déclaration d'Assad sur le refus des Syriens d'être impliqués dans les détails internes libanais. Mais personne n'a ouvertement relevé sa vision d'une coordination presque totale entre les deux pays sur le plan de la politique étrangère. Pourtant, le président syrien a bien précisé que ce que la Syrie attend du Liban, ce ne sont pas des positions sur des dossiers internes, mais une position claire par rapport à Israël et à la paix dans la région. À une autre question sur les négociations de paix avec Israël via la Turquie, Assad a encore répondu : « Lorsque le processus de paix sera réellement enclenché, le Liban devrait être avec la Syrie, car aucun des deux pays n'a intérêt à s'engager seul dans ce processus. Nous aurions voulu que les Palestiniens soient aussi avec nous, mais depuis l'accord d'Oslo, ils ont pris une voie différente... »
Bachar el-Assad a ainsi exprimé son point de vue avec une grande clarté : la Syrie ne veut plus se mêler des affaires internes libanaises (il demande même aux Libanais de ne pas la pousser à le faire, ce qui ouvre la voie à plusieurs interprétations...). Par contre, il ne conçoit pas des positions divergentes entre le Liban et la Syrie au sujet du processus de paix. L'équation pourrait paraître choquante, le Liban ne devant pas avoir une politique étrangère indépendante, du moins dans le volet du processus de paix avec Israël, d'autant que le président syrien a clairement exprimé, dans le cadre de la même interview, son appui à la résistance et au Hezbollah, allant même jusqu'à préciser que la position de la Syrie à l'égard des parties libanaises sera tributaire de leur attitude vis-à-vis de la résistance.
Mais en l'examinant de plus près, la position syrienne n'est pas aussi étonnante qu'elle n'y paraît. Force est ainsi de constater que, depuis la signature avortée de l'accord de paix avec Israël du 17 mai 1983, le Liban n'a plus pu se lancer seul dans des négociations avec Israël. Au contraire, la résistance a commencé à se développer, avant d'obtenir l'appui clair de l'armée et de l'État en général, avec la signature de l'accord de Taëf et la désignation du général Émile Lahoud à la tête de l'armée. Les deux commandants en chef qui l'ont suivi à ce poste, les généraux Michel Sleiman et Jean Kahwagi, ont suivi la même politique. Même si celle-ci fait désormais l'objet d'une remise en question dans le cadre des débats sur l'adoption d'une stratégie de défense nationale. Pourtant, aucune partie ne réclame l'ouverture de négociations de paix avec Israël, consciente qu'une telle revendication serait un coup porté à la stabilité interne du pays.
L'ancien député et ministre Abdallah Farhat fait remarquer à ce sujet que cette politique libanaise n'est pas nouvelle. Elle a été inaugurée par le président Fouad Chéhab. Dans ses Mémoires, le général Antoun Saad, ancien chef du second bureau à l'époque de Chéhab, raconte ainsi qu'après les événements de 1958, qui étaient en quelque sorte une réponse à l'adhésion du président Camille Chamoun au pacte de Bagdad, un sommet a eu lieu en 1959 entre le président Chéhab et le président de la République arabe unie Gamal Abdel Nasser. Le général Saad précise que c'est Abdel Nasser qui avait demandé que le sommet ait lieu à la frontière libano-syrienne, estimant que lui-même ne pouvait se rendre à Beyrouth pour des raisons de sécurité, alors que si le président Chéhab se rendait à Damas ou au Caire, il serait contesté par ses détracteurs libanais. Selon le général Saad, le président Chéhab a déclaré à son interlocuteur, au cours de leur entretien, qu'il connaît le poids politique de son pays. Par conséquent, il est conscient que le Liban est trop petit pour avoir une politique étrangère indépendante. Il est donc prêt à coordonner ses positions avec celles de la RAU, mais il faudrait en contrepartie que les services secrets arabes cessent d'interférer dans les affaires internes libanaises. Les deux hommes ont tenu leur engagement jusqu'au bout. Nasser a demandé à ces services de laisser le Liban tranquille et Chéhab a coordonné sa politique étrangère avec la sienne, se consacrant sur le plan interne à la construction des institutions étatiques.
Faut-il rééditer aujourd'hui la même expérience ? Le président syrien l'a laissé clairement entendre dans son interview à la chaîne al-Manar, en affirmant qu'il ne veut pas se mêler des affaires internes libanaises, mais qu'il appuyait clairement la résistance. Tiendra-t-il toutefois parole sur le plan des ingérences de ses services de renseignements ? Et l'option de la résistance contre Israël parviendra-t-elle à obtenir l'adhésion de tous les Libanais ? La réponse à cette double question n'est pas encore évidente.
La longue interview accordée par Bachar el-Assad à la chaîne al-Manar a été attentivement suivie dans tous les milieux politiques libanais. Elle a d'ailleurs suscité des réactions diverses, même si les critiques ont été globalement peu violentes (excepté celles de May Chidiac au cours de la cérémonie organisée par les FL samedi au BIEL). De nombreuses parties politiques ont ainsi salué la déclaration d'Assad sur le refus des Syriens d'être impliqués dans les détails internes libanais. Mais personne n'a ouvertement relevé sa vision d'une coordination presque totale entre les deux pays sur le plan de la politique étrangère. Pourtant, le président syrien a bien...
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