qui est à la tête d'un gouvernement d'union nationale
et auquel nous souhaitons de réussir
dans sa mission difficile.
Bachar el-Assad
Douzième semaine de 2010.
À chaque fois, il fait encore plus fort, va encore plus loin, repousse davantage des limites qu'il donnait l'impression, l'interview précédente, d'avoir non seulement atteintes, mais dépassées. Les limites du bon goût. Naturellement.
Il n'y a rien à dire : Bachar el-Assad, plus que n'importe lequel de ses homologues (re)touché, après des années d'opprobre, par quelque miraculeuse grâce, sait désormais jeter de la poudre aux yeux du monde ; un don génétiquement hérité, certes, mais largement bonifié par les choix tactiques et/ou stratégiques des grandes puissances dont les leaders, de plus en plus déboussolés, ne savent réellement plus à quel moindre mal s'abandonner - si seulement le président syrien pouvait avoir la reconnaissance du ventre...
Avec cette folle condescendance que ne s'autorise(raie)nt jamais les forts, Bachar el-Assad a réécrit l'histoire devant les caméras, heureuses comme rarement, d'al-Manar. Mine de rien. S'il n'avait fait que la biffer, cette histoire, d'un trait rageur et vengeur ; s'il n'avait fait que vouer à toutes les gémonies toutes celles et tous ceux qui ont incarné, à un moment ou à un autre, le mouvement souverainiste libanais, cela passait encore, mais non : le président syrien a décidé d'innover, privilégiant délibérément un négationnisme furieusement culotté. Un négationnisme voleur : et voilà ces femmes et ces hommes à qui le Liban doit sa deuxième indépendance absolument dépouillés de tout - eux n'ont rien fait, c'est Damas qui a décidé de tout. Un négationnisme tranquille : solidement appuyé, avachi même, sur le socle syro-saoudien d'une solidité d'airain, pour l'instant, sur tous les fronts (irakien, yéménite, relations égypto-syriennes, etc.), Bachar el-Assad sait qu'il peut maintenant compter, fût-ce en apparence, fût-ce dans la forme, sur... Saad Hariri. Un négationnisme grimaçant : si le maître de Damas réussit à créer ne serait-ce qu'une minifaille dans l'édifice à la vie à la mort construit par le fils de Rafic Hariri et Samir Geagea, cela serait follement ça de gagné - sans oublier, bien sûr, le fun ultime que lui procure désormais son nouveau joujou, qu'il s'est amusé à rendre encore plus psychologiquement dépendant du Hezbollah en général et de Hassan Nasrallah en particulier : Walid Joumblatt.
La capacité d'absorption, la maestria du poing serré, l'autodérision féroce et l'habileté furieusement sadomasochiste à mettre en scène (ses propres) grandeurs et décadences politiques, autant de caractéristiques propres au leader druze, les hommes de Saad Hariri ne les ont pas - ou du moins pas encore. Les réactions libanaises aux propos de Bachar el-Assad, qui se sont dans leur immense majorité concentrées sur les aspects prétendument positifs, sont extrêmement significatives, surtout de la part de cadres haririens connus pour leur virulence, connus pour leur allergie au régime syrien, connus pour ne pas être dupes : les mots et le ton d'un Ahmad Fatfat, interrogé hier par la LBCI, ne leurrent justement personne. Mais la tendance est là, et aussi conjoncturelle que soit cette realpolitik - le monde entier sait qu'éphémère par essence, une mode passe - il faut la suivre : ce que l'alliance syro-saoudienne veut (qui dit saoudienne dit américaine, mais qui dit syrienne dit-il iranienne ?), les dieux veulent. Pour l'instant.
Sauf qu'il y a un gros hic ; un battement d'ailes de papillon qui peut tout chambouler, tout dynamiter - surtout quand le papillon, niché au creux d'un exemplaire, au hasard, du Der Spiegel de mai 2009, bouge à Leidschendam, dans la banlieue de La Haye. Le Tribunal spécial pour le Liban, entre filmage en 3 D sur les lieux de l'assassinat de Rafic Hariri et demandes d'audition, notamment de six membres du Hezbollah, est de nouveau sur le terrain - hasard ou coïncidence, peu importe. Parce que quand ce TSL (re)vient, c'est symptomatique : immanquablement, cela commence à gigoter dans tous les sens au sein du 8 Mars, cela s'agite, caquette, panique, fait tout pour cacher la panique et multiplie les intox, notamment dans ses médias. Tellement que pour la première fois, le bureau de Daniel Bellemare se fend d'un communiqué d'une fermeté inédite ; tellement que pour la première fois, la très policée Radhia Achouri, porte-parole du procureur, s'agace fortement - on le serait à bien moins. Tellement, aussi, que Bachar el-Assad, encore (et toujours) lui, a pratiquement épelé, toujours sur al-Manar, cette phrase d'anthologie : Il existe actuellement un bazar, celui des tribunaux internationaux, qui ont naturellement perdu de leur superbe maintenant et qui ne sont plus ce qu'ils étaient. Mais le TSL existe encore (...) et ils peuvent s'y rendre ; peut-être arriveront-ils à quelque chose...
Peut-être.
Douzième semaine de 2010.À chaque fois, il fait encore plus fort, va encore plus loin, repousse davantage des limites qu'il donnait l'impression, l'interview précédente, d'avoir non seulement atteintes, mais dépassées. Les limites du bon goût. Naturellement.Il n'y a rien à dire : Bachar el-Assad, plus que n'importe lequel de ses homologues (re)touché, après des années d'opprobre, par quelque miraculeuse grâce, sait désormais jeter de la poudre aux yeux du monde ; un don génétiquement...


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