Beyrouth entend devenir une ville moderne, à l'image de Dubaï. Chemin faisant, elle efface son histoire, sa culture, ses habitudes traditionnelles. Les unes après les autres, et au lieu d'être restaurées, les vieilles habitations sont la proie des entrepreneurs qui se disputent les espaces à exploiter. Au fil des années, en l'absence d'une loi digne de ce nom sur la préservation des vieilles demeures, le nombre de maisons classées diminue comme peau de chagrin. Dans la région du Petit Beyrouth, seules quelques centaines résistent encore à l'appel des bulldozers et des gros sous. Alléchée sans retenue par l'appel du modernisme, incapable de préserver ne serait-ce que quelques quartiers, voire quelques ruelles, Beyrouth risque d'en perdre son âme.
C'est dans les villages que les choses sont encore plus graves. Autrefois très pittoresques avec leurs maisons de pierres à toits rouges, leurs terrasses à l'ombre de vignes et leurs jardins tout en fleurs et en fruits, les localités libanaises ne résistent plus à la progression du béton et de l'urbanisation galopante. Ici et là, même loin de la ville, se côtoient maisons villageoises et immeubles impersonnels qui prennent de la hauteur à mesure que les années passent. Nul ne se prive de construire dans la démesure, de boucher la vue à son voisin, d'accaparer la lumière, d'enlaidir sa région ou d'en altérer le caractère traditionnel. Les restrictions ? Inexistantes, vu le consternant résultat. Et même si elles existent, noir sur blanc, quoi de plus facile que de les contourner, en graissant largement la patte à un fonctionnaire peu scrupuleux. Bien rares sont aujourd'hui les localités qui, à l'instar de Douma, ont réussi à préserver leur cachet et leur particularité. Mais il n'est peut-être pas trop tard ?
Difficile de l'imaginer en l'absence d'une politique claire d'urbanisme et d'aménagement du territoire. Car c'est au galop que les villes et villages libanais continuent de se défigurer, inexorablement, et dans l'indifférence générale.


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