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Liban

Ajustements libano-syriens après les années de turbulences

Puisque l'heure est aux interprétations de chaque développement, la visite hier de l'ambassadeur de Syrie à Baabda est le signe concret de la volonté des autorités syriennes de clore le chapitre des critiques adressées au président de la République Michel Sleiman. En dépit de ce que pourront dire certains milieux sur un rendez-vous pris à l'avance, le timing de cette visite a été soigneusement étudié après celle de l'ambassadrice des États-Unis à Baabda. L'ambassadeur de Syrie a voulu ainsi montrer à tous ceux qui n'en sont pas convaincus que Damas entretient d'excellentes relations avec le président Sleiman et qu'il n'a pas inspiré la demande de démission formulée par l'ancien ministre Wiam Wahhab.
Selon des sources libanaises proches de la Syrie, l'ambassadeur aurait aussi évoqué avec le chef de l'État la possibilité de tenir un sommet entre les présidents Sleiman et Assad, après les visites à Damas annoncées du chef du PSP Walid Joumblatt puis du Premier ministre Saad Hariri. Les mêmes sources reconnaissent l'existence de certains malentendus entre les autorités syriennes et la présidence libanaise. Il semblerait en effet qu'au cours du dernier sommet qui les a réunis, Bachar el-Assad aurait proposé à son homologue libanais de nommer une personnalité qui se chargerait de la coordination régulière des dossiers en suspens, mais le président libanais n'aurait pas donné suite à cette demande, préférant en rester aux contacts téléphoniques directs sur ce qu'on appelle la « hot line » entre Baabda et le palais présidentiel syrien. Même si les intermédiaires ou ceux qui souhaiteraient jouer ce rôle sont nombreux.
Cet élément serait à ajouter à d'autres, comme, par exemple, le timing de la convocation de la conférence de dialogue, qui, toujours selon les mêmes sources, met en évidence le conflit interne au sujet des armes de la résistance et fragilise ainsi la position de celle-ci, alors qu'elle ajoute de l'eau au moulin des Américains et des Israéliens. À l'heure où les menaces israéliennes contre le Liban et le Hezbollah se multiplient, le débat sur l'utilité des armes de la résistance peut être perçu comme un facteur de faiblesse et permettre aux ennemis du Liban d'élaborer des scénarios de division interne, sans compter le fait que la date de la réunion semble une réponse indirecte à la rencontre de Damas entre les présidents Assad et Ahmadinejad et le secrétaire général du Hezbollah. De même, les sources libanaises proches de la Syrie estiment que celle-ci aurait émis des réserves sur le choix de certains participants à cette conférence. Mais le président libanais a rapidement répondu à cette analyse en affirmant que la convocation de la conférence de dialogue n'est pas liée aux développements régionaux. Des considérations purement libanaises ont dicté sa décision, ainsi que son choix des personnalités participant à cette conférence. Il a aussi précisé qu'il estimait que le fait d'ouvrir le débat sur la stratégie de défense nationale entre les participants à la conférence de dialogue était de nature à apaiser les esprits et à permettre une discussion calme et dépassionnée.
La visite de l'ambassadeur de Syrie à Baabda à ce moment précis est en tout cas destinée à montrer à tous que les autorités syriennes continuent d'appuyer le président Sleiman. S'il existe des divergences, elles ne seraient en aucune manière de nature à encourager la demande de démission. Un sommet dont l'organisation serait déjà en préparation pourrait permettre à la position syrienne de prendre une tournure encore plus officielle. Il pourrait avoir lieu après la visite du Premier ministre Saad Hariri à Damas prévue entre le 13 et le 14 avril. Le choix de la date, au moment de la commémoration du déclenchement de la guerre du Liban, le 13 avril 1975, est fortuit. Il est surtout dû à l'agenda chargé du président syrien et du Premier ministre et au fait que tous les deux cherchent à faire progresser les relations bilatérales le plus rapidement possible.
Des responsables sécuritaires libanais ont déjà effectué des visites à Damas pour préparer l'arrivée de Saad Hariri à la tête d'une importante délégation ministérielle. Ils auraient ainsi tenu des réunions avec le général Rustom Ghazalé, ancien responsable des SR syriens au Liban, et avec le général Ali Mamelouk. De son côté, le Premier ministre Saad Hariri aurait demandé aux ministres qui l'accompagneront en Syrie de peaufiner leurs dossiers car il voudrait que cette visite, qui intervient après sa première prise de contact avec le président Assad en décembre dernier, donne des résultats concrets et utiles pour les deux pays. Il aurait aussi chargé Ahmad Hariri (frère de son chef de cabinet Nader) de la coordination au sein du Courant du futur, pour éviter qu'une déclaration intempestive ou maladroite ne vienne entraver ses efforts pour un rapprochement institutionnel avec la Syrie.
Cette démarche de la part de Saad Hariri a été encouragée, voire plus, par l'Arabie saoudite qui tient à ce que les relations libano-syriennes se stabilisent et se consolident. L'émir Abdel Aziz ben Abdallah avait effectué une visite à Damas dans ce but, facilitant ainsi les contacts préliminaires entre les émissaires de Hariri et les autorités syriennes.
Par contre, la visite du ministre saoudien des AE l'émir Saoud al-Fayçal s'inscrit dans le cadre de la préparation du sommet de Libye qui se tient samedi. Trois dossiers y ont été essentiellement évoqués, celui des agissements israéliens à Jérusalem, celui de la réconciliation interpalestinienne et celui de la réconciliation entre la Syrie et l'Égypte. C'est dire que pour les dirigeants saoudiens, le dossier syro-libanais n'est plus d'actualité... Les Libanais et les Syriens procèdent désormais eux-mêmes aux ajustements nécessaires à la normalisation de leurs relations après les années de turbulences.
Puisque l'heure est aux interprétations de chaque développement, la visite hier de l'ambassadeur de Syrie à Baabda est le signe concret de la volonté des autorités syriennes de clore le chapitre des critiques adressées au président de la République Michel Sleiman. En dépit de ce que pourront dire certains milieux sur un rendez-vous pris à l'avance, le timing de cette visite a été soigneusement étudié après celle de l'ambassadrice des États-Unis à Baabda. L'ambassadeur de Syrie a voulu ainsi montrer à tous ceux qui n'en sont pas convaincus que Damas entretient d'excellentes relations avec le président Sleiman et qu'il n'a pas inspiré la demande de démission formulée par l'ancien ministre...
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