En effet, le bilan consolidé des banques commerciales pour le mois de janvier indique que les crédits accordés par les établissements bancaires ont atteint 988 millions de dollars, enregistrant ainsi une hausse de 3,5 %. Il s'agit d'un record quand on compare ce taux à ceux des années précédentes. Le total des prêts a ainsi atteint 29,4 milliards de dollars fin janvier.
Une analyse plus approfondie de l'activité d'emprunt sur les marchés local et étranger suggère que la croissance des prêts était largement provoquée par une hausse des prêts accordés aux non-résidents. La reprise économique étant en marche dans les marchés régionaux, les banques libanaises semblent en effet avoir repris leur stratégie d'avant la crise. Celle-ci consistait à s'étendre notamment sur les marchés de la région afin de diversifier leurs portefeuilles et d'augmenter leurs profits.
Force est de noter que les banques libanaises ont un seuil de liquidité important, qui dépasse les besoins du marché local. Il est donc vital pour elles de diversifier leur présence à l'étranger pour optimiser leur usage de liquidités. L'augmentation des prêts accordés aux non-résidents du secteur privé a d'ailleurs atteint 589 millions de dollars en janvier 2010, soit près de 60 % de l'ensemble des crédits accordés durant ce mois.
En termes comparatifs, il est important de noter que les prêts accordés aux non-résidents du secteur privé avaient augmenté de seulement 137 millions de dollars sur l'ensemble de l'année 2009.
En revanche, l'augmentation des prêts aux résidents a été moins importante au premier mois de 2010, atteignant toutefois 399 millions de dollars, contre une baisse de 122 millions de dollars en janvier 2009. La hausse des crédits au secteur privé résident s'inscrit en tout cas dans le cadre des efforts déployés par la Banque centrale visant à inciter les banques locales à accorder un plus grand nombre de prêts, au vu de l'excès de liquidités en livre.
Ainsi, fin janvier, le montant global des prêts octroyés au secteur privé résident s'élevait à 24,7 milliards de dollars, alors que le montant total des prêts accordés au secteur privé non-résident atteignait 4,7 milliards de dollars.
En outre, la distribution des crédits par devise montre que les crédits en monnaie étrangère ont augmenté de 847 millions de dollars en janvier 2010 pour atteindre 24,7 milliards de dollars, tandis que les prêts en livre ont augmenté de 141 millions de dollars pour s'établir à 4,7 milliards de dollars.
Interrogé par L'Orient-Le Jour au sujet de l'essor de l'activité d'emprunt au premier mois de l'année, le directeur du département de recherche économique à la Bank Audi, Marwan Barakat, a souligné « la flexibilité financière dont bénéficient les banques locales ». « Le ratio de dépôts aux crédits s'élève en effet à 30 % au Liban (hors crédits au secteur public), contre un taux moyen de 100 % dans les pays arabes, ce qui permet aux banques locales d'avoir une marge de manœuvre plus importante en termes d'octroi de crédits, comparativement aux banques régionales. C'est ce qui explique la hausse substantielle des crédits au secteur privé non résident en ce début d'année. Quant au marché local, la hausse des prêts s'explique par le maintien de la forte croissance économique observée au Liban » depuis 2008, a-t-il ainsi ajouté.
Hausse moins importante des dépôts
En parallèle avec l'essor de l'activité d'emprunt, les dépôts bancaires ont enregistré une croissance non négligeable, mais moins importante que celle des crédits.
Ils ont en effet augmenté de 255 millions de dollars en janvier - une hausse qui pourrait paraître relativement faible mais qui est nettement supérieure à la croissance annuelle moyenne des huit dernières années, qui s'est élevée à 95 millions de dollars.
L'analyse de la croissance des dépôts selon ses différentes composantes révèle que celle-ci découle uniquement de la hausse des dépôts en livre, les dépôts en devises étrangères ayant diminué de 586 millions de dollars pour atteindre 61,1 milliards de dollars fin janvier 2010. Les dépôts en monnaie locale ont en effet augmenté de 811 millions de dollars pour atteindre 34,9 milliards de dollars.
Cela a d'ailleurs engendré une plus grande baisse au niveau du taux de dollarisation des dépôts, qui est passé de 64,5 % fin 2009 à 63,7 % fin janvier.
En détail, les dépôts des résidents ont augmenté de 465 millions de dollars alors que les dépôts des non-résidents ont baissé de 240 millions de dollars.
Enfin, le total des actifs bancaires a progressé de 1,3 milliard de dollars en janvier 2010, soit l'équivalent de 1,1 %, pour atteindre 116,5 milliards de dollars.

