La présidence espagnole de l'UE et le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, ont demandé qu'un mécanisme de soutien à Athènes, qui ne serait utilisé qu'en cas de besoin, soit adopté lors d'un sommet des chefs d'État et de gouvernement européens, jeudi et vendredi, à Bruxelles.
« La présidence espagnole va travailler pour ça » et « c'est un moment important pour l'avenir de l'UE, de l'euro», a déclaré le ministre espagnol des Affaires étrangères, Miguel Angel Moratinos, en marge d'une réunion avec ses homologues de l'Union européenne à Bruxelles.
Le dispositif passerait par des prêts bilatéraux coordonnés des pays de la zone euro, pour un montant de quelque 22 milliards d'euros et avec des taux d'intérêt inférieurs à ceux que paie aujourd'hui Athènes, selon une source européenne.
Il pourrait être complété par une contribution du Fonds monétaire international (FMI), une solution de compromis que n'a pas exclue hier le chef de file des ministres des Finances de la zone euro Jean-Claude Juncker.
« Il est trop tôt pour se prononcer d'une façon définitive sur ce point, mais il n'est pas exclu que nous pourrions avoir recours à ce double instrument », a-t-il déclaré.
M. Barroso a abondé dans ce sens lundi. « Nous avons besoin à l'occasion de ce sommet d'une décision pour savoir comment gérer la Grèce. Sinon la grande incertitude (actuelle) risque de perdurer encore longtemps », a-t-il dit dans une interview.
Athènes, confronté à une crise budgétaire sans précédent, estime mériter l'appui de ses partenaires après avoir pris de douloureuses mesures d'austérité afin de réduire son énorme déficit. Le gouvernement juge aussi que les taux d'intérêt qu'il paye pour emprunter sur les marchés sont trop élevés.
Plusieurs autres pays ont appelé hier à ne pas laisser tomber la Grèce. « Nous devons soutenir nos amis grecs qui ont proposé un plan très courageux », a dit le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner.
« La crédibilité de l'Europe est en jeu », lui a fait écho son homologue italien Franco Frattini, « lorsqu'un pays de la zone euro traverse une passe difficile, nous avons le devoir moral et institutionnel d'intervenir ».
Mais l'Allemagne refuse de s'engager dans l'immédiat à payer pour les problèmes budgétaires de la Grèce. Alors que se rapproche une élection régionale cruciale pour elle, la chancelière Angela Merkel doit faire face à une opinion publique très hostile : 32 % des Allemands estiment même que la Grèce devrait sortir de la zone euro le temps de remettre de l'ordre dans ses comptes et 40 % que leur pays serait mieux en dehors de la zone euro, selon un sondage publié hier.
« Nous ne voyons aucune nécessité de prendre dès aujourd'hui une décision sur une quelconque éventualité » d'aide à la Grèce, a souligné à Bruxelles le chef de la diplomatie allemande, Guido Westerwelle. « Il n'est pas possible que l'Allemagne ou l'Union européenne affichent de l'argent en vitrine pour que la pression en faveur des réformes nécessaires en Grèce diminue », a-t-il ajouté.
Berlin a reçu hier l'appui notable dans son bras de fer de Jean-Claude Juncker : « il n'est pas absolument nécessaire » que les dirigeants européens « se mettent d'accord cette semaine » sur un dispositif d'aide à la Grèce, a-t-il dit à Bruxelles.

