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Nos lecteurs ont la parole

Mon père, ce héros

Robert Michel WARDÉ
Comme ça fait mal de vivre sans toi !...
Il y a vingt ans disparaissait à l'âge de 72 ans Michel Ibrahim Wardé.
Originaire de Ferzol, localité située près de Zahlé, il fut pris en charge à l'âge de douze ans, à la suite de la mort de son père, par son frère aîné Antoine, qui le dirigea vers le monde des affaires et, plus particulièrement, celui du commerce.
Plein d'ambitions et d'esprit d'aventure, il sillonna l'Europe dans les années cinquante à la recherche de nouveaux marchés et d'une place au soleil.
Au cours de ses déplacements, il noua des relations solides avec des personnalités influentes dans certaines capitales des pays de l'Est, en particulier Prague, Moscou et Berlin, ce qui lui donna, grâce à son savoir-faire, l'occasion de devenir le spécialiste des affaires triangulaires ; dès les années cinquante, en pleine guerre froide, il réalisa les transactions commerciales les plus importantes entre les deux parties de l'Europe.
Deux opérations méritent particulièrement d'être citées : la vente de beurre produit en Allemagne de l'Ouest à l'Allemagne de l'Est et l'introduction de bananes d'Amérique centrale sur le marché tchécoslovaque, dont il fut le fournisseur exclusif pendant dix ans.
Toutes ces affaires étaient traitées à partir des établissements Michel I.Wardé, Liban.
Il décida un jour de se lancer dans l'industrie. Il fonda trois usines spécialisées dans la stérilisation et le nettoyage des légumes secs et particulièrement les lentilles, qui devinrent son cheval de bataille. Ces usines fonctionnèrent 24 heures sur 24 pendant un quart de siècle, faisant vivre 150 familles.
La marque de lentilles « Wardé », produit libanais selon les normes européennes, a été adoptée par un grand nombre de pays, dont la France, le Royaume-Uni, l'Italie, la Grèce, la Tchécoslovaquie, la Hongrie, la Bulgarie et l'Allemagne de l'Est.
Dans les foires internationales, le stand des établissements Michel I.Wardé, dont les murs et les vitrines étaient tapissés de drapeaux libanais et de photos touristiques libanaises, était le lieu de rencontres de PDG de multinationales, où les visiteurs dégustaient la soupe de lentilles, dont la recette a toujours été son secret.
Afin de mieux servir sa clientèle libanaise, Michel Wardé créa un département « Promo vente » spécialisé dans la distribution de 70 articles, allant des graines et poivres à des marques prestigieuses de pâtes alimentaires, bières, vodka, chewing-gum et d'autres produits d'importation, mais qui ne représentait que 5 % de son chiffre d'affaires.
En 1975, le début des événements au Liban, la fermeture du port de Beyrouth et l'arrêt brutal des exportations entraînèrent la fermeture des usines, provoquant une chute de 60 % de son chiffre d'affaires. Malgré cette situation, Michel Wardé continua de payer les salaires de ses employés. C'était sa façon à lui de faire de la résistance.
Grâce aux bureaux de liaisons qu'il avait ouverts à Paris en 1976 et à Sao Paulo en 1979, il put maintenir son activité internationale jusqu'à la fin de la guerre froide, qui à son tour mit fin à leur rôle d'intermédiaire entre l'Est et l'Ouest. C'est alors qu'il se tourna vers la Yougoslavie, puis vers les pays andins - notamment la Colombie et l'Équateur - et qu'il investit sans succès dans la production de bananes.
En 1985, le ralentissement de l'activité commerciale à l'étranger, et plus particulièrement au Liban, ébranla le petit royaume ainsi que la santé de Michel Wardé, qui passa le reste de ses jours sur une chaise roulante après la mise sous administration judiciaire de ses établissements.
Il reste qu'il fut un homme de cœur, serviable, un bienfaiteur dont le souci fut de semer le bonheur et la joie autour de lui, et un père aimant, pilier de notre famille, derrière qui on ne pourrait occulter la présence de son épouse Lydia Nehmé Merhi, courageuse et patiente, décédée après lui à l'âge de 59 ans.
Michel Wardé, victime de la guerre du Liban ? Oui, comme peut-être beaucoup d'autres après lui...
Salut chef !

Robert Michel WARDÉ
Comme ça fait mal de vivre sans toi !...Il y a vingt ans disparaissait à l'âge de 72 ans Michel Ibrahim Wardé.Originaire de Ferzol, localité située près de Zahlé, il fut pris en charge à l'âge de douze ans, à la suite de la mort de son père, par son frère aîné Antoine, qui le dirigea vers le monde des affaires et, plus particulièrement, celui du commerce. Plein d'ambitions et d'esprit d'aventure, il sillonna l'Europe dans les années cinquante à la recherche de nouveaux marchés et d'une place au soleil.Au cours de ses déplacements, il noua des relations solides avec des personnalités influentes dans certaines capitales des pays de l'Est, en particulier Prague, Moscou et Berlin, ce qui lui...
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