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Liban - Éclairage

De grands dossiers… pour de petites exigences

L'ancien ministre Wi'am Wahhab a sans doute été lui-même le premier surpris par l'ampleur des réactions provoquées par sa petite mais méchante attaque contre le président Michel Sleiman. Suffisamment rusé et bien informé, Wahhab est au courant de l'existence d'un certain froid dans les relations entre le président de la République libanaise et les autorités syriennes dû à une série de malentendus, concernant notamment le timing de la convocation de la conférence de dialogue national. Mais il sait aussi très bien que ce froid, sans doute passager, ne va certainement pas jusqu'à la réclamation de la démission de Michel Sleiman. Ayant lui-même un contentieux personnel avec le président, qui porte sur la situation d'un de ses proches, fonctionnaire à la Sûreté générale, il a profité de la petite embrouille entre Baabda et Damas pour lancer de violentes critiques contre lui. Il a même sciemment choisi de parler à la fin de son entrevue avec le général Michel Aoun, sachant que si les propos sont tenus à Rabieh, ils auront un tout autre impact dans les médias. Objectif atteint pour M. Wahhab et même bien plus. Sa tirade sur le chef de l'État a non seulement fait la une des médias, mais elle a aussi provoqué un vaste tollé et une levée de boucliers dans tous les camps. Au point que Aoun a dû préciser indirectement que les attaques de Wahhab n'engagent que sa propre personne et qu'il n'avait pas été informé des critiques qui seraient lancées à partir de son domicile contre le chef de l'État. De plus, Wahhab étant très proche des autorités syriennes, les milieux politiques ont immédiatement procédé à des interprétations extrêmes sur une prétendue volonté des Syriens de pousser le président Sleiman dans ses derniers retranchements. Les contacts téléphoniques et autres entre Beyrouth et Damas ont dû se multiplier au cours des dernières heures pour tenter de connaître la véritable position syrienne et la situation s'est un peu clarifiée, la Syrie étant plongée dans d'autres dossiers pour l'instant. Pourtant, l'ancien ministre a rajouté une couche hier encore, conscient de jeter le trouble dans les esprits.
Si Wahhab a, en tout cas, réussi son coup au-delà de ses propres espérances, c'est que le climat général du pays est malsain, vicié par des désaccords sur un grand nombre de questions internes et par les spéculations sur les résultats des visites prévues en Syrie de Walid Joumblatt et ensuite de Saad Hariri. De plus, ce qu'on appelait il y a encore peu de temps la majorité parlementaire (l'appellation n'est plus précise depuis le nouveau positionnement de Joumblatt) souhaite faire passer au second plan la polémique au sujet de l'accord de coopération sécuritaire entre l'ambassadeur des États-Unis de l'époque (2007) et le général Achraf Rifi. Le président de la commission parlementaire des Télécommunications et de l'Information Hassan Fadlallah a eu beau vouloir hier la replacer dans un contexte légal et constitutionnel, le débat n'en demeure pas moins vicié par les considérations politiques et confessionnelles. À Tripoli, des portraits géants du général Rifi ont été accrochés dans plusieurs quartiers de la ville et des voitures circulent en permanence pour appuyer le général des FSI dans ce qui est considéré comme une campagne personnelle menée contre lui.
Que la méfiance suscitée par cet accord de coopération sécuritaire soit justifiée ou non (en principe l'enquête menée par la commission parlementaire devrait aboutir à des conclusions concrètes), le déclenchement de cette affaire ne peut être dissociée de l'ouverture feutrée et discrète du dossier des nominations sécuritaires au gouvernement, qui devraient englober, entre autres, les postes occupés par le général Rifi (directeur général des FSI) et le général Wafic Jezzini (directeur général de la Sûreté générale). Un accord semblait avoir été conclu pour maintenir les deux généraux dans leurs fonctions, mais il ne semble pas satisfaire toutes les parties, certaines d'entre elles souhaiteraient que le train de nominations porte sur tous les postes importants. L'ouverture du dossier de l'accord de coopération sécuritaire ne viserait donc pas tant à juger l'époque révolue de 2007 avec ses divisions. Elle aurait plutôt pour but d'obtenir le remplacement du général Achraf Rifi à la tête de la direction des FSI ainsi que d'autres responsables sécuritaires qu'il avait été convenu de maintenir en place. Dans une atmosphère normale, les nominations devraient se faire le plus naturellement du monde, mais au Liban, dans le climat actuel, chaque dossier provoque des débats sans fin et place le pays au bord du conflit confessionnel et politique. Le plus triste, c'est que les grands slogans sont avancés pour cacher de petites exigences...
L'ancien ministre Wi'am Wahhab a sans doute été lui-même le premier surpris par l'ampleur des réactions provoquées par sa petite mais méchante attaque contre le président Michel Sleiman. Suffisamment rusé et bien informé, Wahhab est au courant de l'existence d'un certain froid dans les relations entre le président de la République libanaise et les autorités syriennes dû à une série de malentendus, concernant notamment le timing de la convocation de la conférence de dialogue national. Mais il sait aussi très bien que ce froid, sans doute passager, ne va certainement pas jusqu'à la réclamation de la démission de Michel Sleiman. Ayant lui-même un contentieux personnel avec le président, qui...
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