Maman ou Mozart ? Des nourrissons de deux mois ont été invités à écouter la voix de leur mère, celle d'une autre femme et de la musique. Les deux voix féminines ont activé dans leur cerveau des régions impliquées dans le langage. L'activation était plus forte pour la voix de la maman, signe qu'elle est reconnue, selon Stanislas Dehaene, qui dirige le laboratoire de neuro-imagerie cognitive du centre NeuroSpin à Gif-sur-Yvette en France.
Alors que les régions activées par les voix se situaient essentiellement dans l'hémisphère gauche du cerveau, la musique, autre stimulus complexe, active les deux hémisphères.
Cela signifie qu'il existe déjà chez le bébé de deux mois une organisation du côté gauche du cerveau « qui le rend particulièrement apte au langage », résume le Pr Dehaene.
Un appareil d'imagerie par résonance magnétique (IRM) assez puissant (3 teslas, soit 60 000 fois le champ magnétique terrestre) a été utilisé pour voir comment le cerveau humain est organisé dès le plus jeune âge et comment il est transformé par le langage parlé, l'école, le calcul, a expliqué le chercheur.
Pour ne pas effrayer les quelque 25 bébés ayant participé au test sur langage et musique, un dispositif diminuait le bruit de l'IRM, a précisé M. Dehaene. « Les enfants bougent, a-t-il ajouté. On ne garde pas toutes les données, seulement celles qui sont exploitables. »
Pour apprendre à lire, une région du cerveau joue un rôle crucial, car elle code l'orthographe, la forme visuelle des mots. Un enfant qui commence à lire peut écrire certains mots à l'envers, de la droite vers la gauche, comme le reflet dans un miroir d'un mot correct. Des écoliers de 5-6 ans sont capables de lire des mots écrits en miroir, une capacité qui n'est plus retrouvée chez l'adulte, sauf rares exceptions, relève M. Dehaene.
« Rien ne nous a prédestinés à apprendre à lire », dit-il. Lorsqu'on apprend à reconnaître un objet, notre cerveau apprend aussi à reconnaître son image en miroir, fait valoir M. Dehaene.
Les adultes continuent de reconnaître comme étant identiques des images miroirs représentant des objets, mais pas lorsqu'il s'agit de mots. Cette capacité aurait été progressivement perdue, selon le chercheur.
Un enfant pour qui les lettres « b » ou « d » sont un même objet doit « désapprendre cette vision en miroir », mais « ce n'est pas encore un problème de dyslexie », souligne M. Dehaene, en présentant ces résultats récents.
De 200 à 300 articles scientifiques sont publiés chaque année sur la lecture, note-t-il. Mieux comprendre ce phénomène complexe pourrait permettre d'aider les enfants pour qui cet apprentissage s'avère plus difficile.
Annie HAUTEFEUILLE (AFP)

