Rechercher
Rechercher

Liban

Hommages à Antoine Choueiri

Un homme comme lui,on n'en fait pas beaucoup

 

Des hommes comme lui, on n'en fait pas beaucoup. Son grand cœur a cessé de battre, hier, au rythme de ses passions : la communication, le Liban, le sport, la famille. De tous les titres d'Antoine Choueiri, et il n'en manquait pas, c'est celui de président d'honneur de l'association Auxilia qu'il faudrait peut-être
retenir, maintenant que le rideau est tombé. Mais sa générosité n'avait d'égale que sa discrétion.
À L'Orient-Le Jour, dont il était le régisseur publicitaire, il faisait bon de se souvenir qu'il siégeait au conseil d'administration. Cette présence nous rassura durant les saisons mortes et sèches où les ressources financières manquèrent ou risquèrent de manquer.
Pour nous, il a été l'un de ces hommes providentiels qui permirent à L'Orient-Le Jour de rester indépendant durant les années de malheur, au temps des guerres, quand le journal pouvait ne compter que quatre pages.
Puis vinrent les heures de gloire où Antoine Choueiri se réserva la place d'honneur dans les pages « Sports », menant ses géants du club de La Sagesse de « hourrah » en « hourrah », de trophée en trophée, jusqu'à celui des Jeux asiatiques.
Grâce à son génie des affaires, il devint le premier régisseur publicitaire du monde arabe. Directement et indirectement, il informait l'esprit et l'imaginaire de plus de cent millions d'Arabes touchés par les télévisions, les radios, les publications dont il gérait les espaces publicitaires. Il resta sobre, abordable, bourru, communicateur comme tout bon Libanais l'est au fond de lui-même. Son corps reposera dans son village natal de Bécharré, patrie des cèdres, des ciels d'azur, des cigognes et des neiges éclatantes de blancheur. Homme de foi, il est désormais auprès de son Dieu.

L'Orient-Le Jour

***

 

Antoine le Grand

C'est à Paris que je l'ai d'abord connu de près. Il finançait à l'époque une série de reportages télévisés sur la communauté libanaise en France, que la guerre du Liban avait démesurément gonflée. Son souci premier était de prouver que cette communauté s'était bien implantée dans la société civile française et qu'elle brillait par son entrepreneuriat dans les différents domaines de la vie active. Dans le même temps, il était, avec son épouse Rose, le premier combattant sur le front de la misère, combat qu'il menait sans relâche - et dans une discrétion totale qui confine à la pudeur des grands - au service de ses concitoyens dans la difficulté.
Je l'ai revu par la suite très souvent au Liban, où, malgré ses multiples affaires florissantes dans la publicité, sa disponibilité totale n'avait d'égale que sa patience infinie à l'écoute des plus démunis que la guerre avait maltraités. À cet égard, il avait une rage chevillée au corps, la rage d'avoir vu disparaître le Liban d'antan, un pays prospère, leader dans la région, creuset des cultures et du dialogue permanent entre les religions. La rage de voir un pays démembré et à l'indépendance violée sans vergogne par tout un chacun.
C'est pourquoi son rêve était de mettre en avant les potentiels libanais. Il a pris ainsi tous les risques pour élever le basket-ball libanais au niveau arabe et asiatique grâce à une équipe, La Sagesse, qui a engrangé toutes les victoires, enflammant l'enthousiasme des foules libanaises, toutes confessions confondues, leur redonnant ainsi confiance dans un pays que les politiciens du cru et d'ailleurs avaient consciencieusement dépecé.
Cet œcuménisme, cependant, ne l'a pas empêché de rester, avant tout, chrétien, et surtout maronite, convaincu et fier qu'il était que sa communauté avait toujours été la pierre angulaire de l'édifice libanais.
Ce sont là les principes qu'il a longtemps partagés avec Gebran Tuéni dans leur mission commune au service  d'une presse libre, et qu'il a inculqués par ailleurs à sa fille Léna et son fils Pierre, qui le suivent dans le profond sillon qu'il a tracé.
Au revoir Antoine, tu peux partir tranquille ; la tâche accomplie est grande, à la mesure de ton rêve et de ta stature !

 Abdo CHAKHTOURA

***

 

Un être de cœur et d'esprit

 

Il est des pertes inestimables et des disparitions trop pesantes. Celle d'Antoine Choueiri en est à l'évidence une. Car à l'heure où notre pays se livre à un bal de « prétendants » et à une cacophonie « d'hommes de paille » cherchant sans les trouver des hommes de gros calibre, un de ses rares vrais pontes vient de tomber sous le poids des désillusions.
D'aucuns verront, dans ces quelques lignes, un hommage trop appuyé à un homme méconnu pour avoir été sans doute trop connu... Mais ce n'est qu'une infime contribution pour rendre justice - et quelle justice - à quelqu'un qui créait l'événement sans jamais chercher à se l'approprier. Un être de cœur et d'esprit qui aspirait au meilleur et s'en donnait les moyens. Un visionnaire certain qui anticipait l'avenir pour contrer les dérives et changer le cours de certains événements que tout le monde croyait inéluctables. Un grand Monsieur pour qui la vie n'a jamais été « un long fleuve tranquille », mais qui s'est démené pour l'assurer aux autres.
Parler de lui en quelques mots serait vain car on en oublierait l'essentiel... Toutefois, et en m'inspirant de Nietzsche, je dirais qu'il était une sorte de corde tendue entre la tradition et l'innovation... entre le rationnel et le téméraire... un homme au contact duquel on apprenait à faire beaucoup de choses avec quelques idées, très peu de mots et sans trop de vagues.
Des années durant, il a semé pour une société civile entreprenante et une nation unique, institutionnalisée et solidaire, mais n'a malheureusement récolté, le plus souvent, que rapaces et profiteurs. Il nous laisse orphelins de son action et de son optimisme.
Au revoir Président, ton départ n'est pas l'oubli...

Karim DAHER

***

Adieu l'Antoine

 

Je t'aimais bien tu sais. Ou plutôt je t'aimais. Tout simplement.
J'aimais ta gouaille. Ton esprit de créateur infini. Ta façon d'être avec nous qui t'aimions, et même avec ceux qui ne t'aimaient pas (et que nous n'aimions pas).
J'aimais tes décisions immédiates chaque fois qu'il fallait faire miroiter le nom du Liban très haut dans le ciel de la publicité internationale. J'ai aimé ton « OK on patronne » quand il s'est agi de patronner le concert d'Ella Fitzgerald à Chicago pour le congrès mondial de l'IAA en pleine guerre. En 1986.
J'aimais, j'ai toujours aimé ta générosité sans bornes quand il s'agissait de faire le bonheur des autres qui n'avaient pas les moyens de surmonter leurs malheurs.
J'aimais, j'ai toujours aimé ton soutien pour faire rayonner avec moi le nom du Liban partout dans le monde : Tokyo, Sydney, Barcelone (ah Barcelone !), Le Caire, Séoul, Pékin, Washington. Et Beyrouth « the best Congress ever » comme avaient dit les participants.
J'aimais te parler, de la vie, de la publicité, du Liban (que tu aimais jusqu'à la mort), de la famille, des projets d'avenir.
Tu as toujours été à l'écoute. Tu as agi pour soulager les malheurs des autres.
Je te pleure.
Malheureusement je ne peux pas faire quelque chose d'autre.
Merci d'avoir éclairé ma vie.

Jean-Claude BOULOS

Un homme comme lui,on n'en fait pas beaucoup
 
Des hommes comme lui, on n'en fait pas beaucoup. Son grand cœur a cessé de battre, hier, au rythme de ses passions : la communication, le Liban, le sport, la famille. De tous les titres d'Antoine Choueiri, et il n'en manquait pas, c'est celui de président d'honneur de l'association Auxilia qu'il faudrait peut-être retenir, maintenant que le rideau est tombé. Mais sa générosité n'avait d'égale que sa discrétion.À L'Orient-Le Jour, dont il était le régisseur publicitaire, il faisait bon de se souvenir qu'il siégeait au conseil d'administration. Cette présence nous rassura durant les saisons mortes et sèches où les ressources financières manquèrent ou...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut