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Liban - Éclairage

Un timing qui agace Damas

Prises à l'unanimité, les précédentes résolutions du comité de dialogue national sont restées lettre morte. Parce que les prosyriens, sur injonction de qui on sait, leur ont tourné le dos. Aujourd'hui, on ne sait même pas si des résolutions, il va pouvoir y en avoir. Car la Syrie, selon ses fidèles du cru, voit d'un mauvais œil ce lancement du processus qui intervient juste après le sommet de Damas auquel Nasrallah avait été convié avec éclat. Dans cette logique, les Syriens et le Hezbollah, réunis récemment avec les Iraniens sur une musique de confrontation, considèrent comme inopportun le débat sur l'armement du Hezb. Et ils le prennent comme une tentative de leur riposter ou de leur faire la leçon.
Mais le bal commence quand même. Avec dix-neuf invités, dont neuf nouveaux, au lieu de quatorze. Et pourtant, dans cette troisième mouture, l'ordre du jour se limite à un seul sujet, la stratégie de défense. Alors que lors des rounds précédents, l'on avait tranché sur le tribunal international, sur les relations diplomatiques avec la Syrie, sur le tracé des frontières, sur Chebaa, sur l'armement palestinien in and out (camps), sur l'élection présidentielle, sur le code électoral pour les législatives et sur la mise en place d'un cabinet dit d'union nationale. L'on avait abordé également la stratégie de défense, mais contrairement à tous les autres participants, le Hezbollah, quoique concerné au premier chef par ce problème, n'avait pas présenté d'étude circonstanciée développant son point de vue, ses demandes et ses recommandations. La table ronde avait dû se contenter, à ce sujet, des prestations verbales de Nasrallah.
En fait, selon un député du Hezbollah, la Résistance se contente de la stratégie de défense qu'elle s'est elle-même forgée. Une façon d'indiquer que le dialogue sur le dossier n'a pas lieu d'être, et l'on s'étonne dès lors que le Hezb y participe. Ce qui conduit les observateurs à le soupçonner de chercher à gagner du temps en le perdant en vaines parlotes.
Ce que la composition de la table ronde facilite. Car, en réalité, elle se répartit en triangle. Sept pour la majorité, sept pour l'opposition et cinq indépendants plus ou moins favorables au régime : le président Nagib Mikati, les ministres Élias Murr et Mohammad Safadi, le député Walid Joumblatt et le professeur Fayez Hajj Chahine.
Des sons de cloche, sans mauvais jeu de mots, qui s'annoncent comme tout à fait discordants. Pour commencer, et avant dire droit, la majorité exige que l'on fixe une fourchette de temps précise, des délais raisonnables de quelques mois au plus, pour la mission de la table ronde. Afin qu'elle ne devienne pas un moyen de contourner la Constitution ainsi que le système, et de doubler, en empiétant sur leurs pouvoirs, le Parlement et le Conseil des ministres. En abordant, le cas échéant, des questions qui ne seraient pas d'un intérêt national crucial. Ou, pire encore, en planchant sur une refonte du système libanais, tâche qui revient en exclusivité constitutionnelle totale à l'Assemblée nationale épaulée par l'Exécutif. Pareil pour le projet, du reste collatéral, d'abolition du confessionnalisme politique.

Contour
Les majoritaires veulent, de même, que le débat se limite à la stratégie de défense. En faisant valoir que c'est le seul point restant encore des sujets alignés lors de la programmation initiale du processus. Ils précisent que les participants ont latitude de discuter de la stratégie de défense, leurs recommandations, si jamais elles sont prises, devant être ensuite officialisées, légalisées par le Conseil des ministres puis ratifiées par la Chambre des députés. Les loyalistes soulignent ensuite qu'il n'est pas question d'inverser l'ordre des choses. Dans ce sens que le Hezbollah ne doit pas chercher à imposer ses vues, sa stratégie propre, mais souscrire à la légalité. C'est-à-dire respecter en la matière la loi sur la défense nationale ainsi que le principe premier réservant à l'État le droit de disposer de la destination des armes qu'il ne détient pas en propre. Car, en termes d'entité nationale, c'est à lui seul qu'incombe la responsabilité de la défense du pays et de la sécurité des Libanais. Sans quoi on retomberait dans la partition, les mini-États et le règne des milices.
Le légalisme et l'État, nul ne les défend mieux que le chef de l'État. Répondant à une question, lors de sa rencontre avec les Libanais d'Arabie saoudite, le président Michel Sleiman a déclaré : « Lors de ses précédentes réunions, le comité de dialogue est parvenu à la conclusion qu'une action de résistance ne prend corps qu'en cas d'occupation par l'ennemi. Ou, encore, si l'armée se trouve dans l'incapacité d'assumer son devoir, si elle doit reculer devant la pression de l'ennemi et demander le concours de la Résistance. L'armée est responsable pour parer toute agression israélienne. Si elle n'est pas en mesure de le faire, tous les potentiels nationaux sont mobilisés et chaque citoyen devient alors un résistant. »
Parallèlement, les majoritaires souhaitent une présence de la Ligue arabe aux échanges de Baabda parce que c'est ce qui avait été convenu à Doha. Un dispositif qui ne doit pas se limiter à la formation des gouvernements libanais. D'autant que les Arabes sont concernés par tout ce qui concerne le conflit avec Israël.
En face, on laisse entendre que la table ronde de dialogue va être saisie, notamment par le président Nabih Berry, de multiples sujets comme l'abolition du confessionnalisme politique, l'âge électoral à 18 ans, la loi électorale et le changement du système libanais. Ce tir groupé aurait pour but de torpiller le débat sur la stratégie de défense, donc sur l'armement du Hezbollah.
Prises à l'unanimité, les précédentes résolutions du comité de dialogue national sont restées lettre morte. Parce que les prosyriens, sur injonction de qui on sait, leur ont tourné le dos. Aujourd'hui, on ne sait même pas si des résolutions, il va pouvoir y en avoir. Car la Syrie, selon ses fidèles du cru, voit d'un mauvais œil ce lancement du processus qui intervient juste après le sommet de Damas auquel Nasrallah avait été convié avec éclat. Dans cette logique, les Syriens et le Hezbollah, réunis récemment avec les Iraniens sur une musique de confrontation, considèrent comme inopportun le débat sur l'armement du Hezb. Et ils le prennent comme une tentative de leur riposter ou de leur faire la...
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