Plongée dans le difficile dilemme de décider à quelle puissance ou à quelle nation adresser ma supplique - puisque mon pays me laisse tomber, j'ai pensé à vous. Tout le monde s'accorde, et pas seulement les Libanais, pour dire que vous avez l'art et la manière de bien faire toute chose.
J'habite votre région - depuis que les snacks champignonnent à Jeïta, nous les avons vu évoluer en restaurants puis en cabarets. La plupart ont vitré leurs baraques pour atténuer le dzim boum boum. Il reste pourtant près de ma maison une espèce de tente construite autour d'un poteau électrique (oui !). On ne peut imaginer plus laid. Ayant un permis de snack, il offre les boissons alcoolisées (c'est illégal), il engage des chanteurs (encore plus illégal). Son cabaret de plein air est vitré de nylon. Au Liban, connaît-on le sens de l'étendue du tapage nocturne ? Comment la municipalité permet-elle pareille abomination ? Si c'est pour promouvoir le tourisme, elle se trompe lourdement car les « fêtards » des pays régionaux méprisent la pauvreté et les mélomanes libanais qui y accourent ne sont pas « avertis ». Si par là elle remplit ses caisses, j'aurais alors honte d'être libanaise.
Actuellement, trois fois par semaine, un chanteur de 10e catégorie, accompagné de baffles plus puissants que sa voix, nous casse les oreilles. On ne peut tranquillement écouter la télé ou recevoir parents et amis : nous ne pourrions pas nous entendre.
Quand les propriétaires de cette bicoque-cabaret veulent être « gentils », ils baissent le ton de la musique - si l'on peut appeler ainsi ces stridulations. C'est alors la torture, celle-là même qu'on a utilisé à Guantanamo pour empêcher les prisonniers de dormir. Les baffles tambourinent inlassablement, comme le supplice de la goutte d'eau et la voix de fausset devient un interminable gémissement. Comment dormir avant 3 heures du matin ? Or une statistique américaine a prouvé que, pour qui dort mal, l'espérance de vie est diminuée de trois à cinq ans.
Pour l'instant, mes voisins et ma famille sont condamnés à vivre moins longtemps, avec la torture en prime.
Nous vous supplions, Monsieur le Ministre, de vous pencher sur notre détresse et vous prions de croire à notre admiration inconditionnelle et inconditionnée pour votre personne.

