Ce morcellement, auquel on attribue poliment le label de « démocratie consensuelle », devait inéluctablement mener au coup de gueule, samedi, du Premier ministre, Saad Hariri, accusant la minorité au sein de son gouvernement de surenchères bloquant l'action du cabinet.
Réformes, élections municipales, budget, nominations, etc., tout paraît en effet bloqué ou, du moins, susceptible d'ajournement ou de remise en question. Et le spectre le plus redouté, celui d'une marche des institutions à coups de bazars politiciens (tu me donnes ceci, je te donne cela), se profile à l'horizon comme l'unique alternative disponible à la paralysie totale.
Et le pire, c'est que cet immobilisme intérieur s'accroît au moment même où le Liban se trouve pris dans une spirale ascendante de gesticulations diplomatiques et de rhétorique guerrière ayant pour objet la frontière méridionale du pays.
Fort heureusement, cette remarquable escalade verbale ne s'accompagne guère jusqu'ici, sur le terrain, d'indices tangibles augurant d'un prochain conflit militaire au Liban-Sud, si ce n'est toutefois l'intensification, ces derniers jours, des survols israéliens du territoire libanais.
En effet, depuis un certain temps, nombre d'observateurs s'accordent à penser que le statu quo dans ce secteur n'est pas appelé à connaître de brusques changements tant que les protagonistes continueront à respecter la « règle du jeu » et ne transgresseront point les « lignes rouges » respectives.
Les discours martiaux de Mahmoud Ahmadinejad et de Hassan Nasrallah et les sempiternelles menaces d'Ehud Barak - qui a récidivé hier aux États-Unis - sont une chose, la réalité sur le terrain en est une autre.
Cela n'empêche que la situation est jugée suffisamment alarmante pour que le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, soit amené, dans son dernier rapport sur la mise en œuvre de la résolution 1701 du Conseil de sécurité, à réclamer que « cesse la rhétorique belliqueuse » qui, selon lui, fragilise davantage la conjoncture.
Le patriarche maronite, Mgr Nasrallah Sfeir, est allé à peu près dans le même sens hier en exhortant les Libanais à « resserrer les rangs et éviter les polémiques stériles, car les prochains jours ne s'annoncent pas de tout repos ».
C'est dans ce contexte que le président de la République, Michel Sleiman, a annoncé hier la composition du nouveau comité élargi du dialogue national, en remplacement de celui qui siégeait sous son égide avant les élections législatives.
On sait que ce comité doit se pencher sur la stratégie défensive du Liban, autrement dit sur le sort des armes du Hezbollah, en vedette lors de la rencontre du secrétaire général du parti avec le président iranien, vendredi, à Damas.
Pour qui veut voir le verre à moitié plein, l'annonce de Baabda constitue, par son timing, la réponse du Liban officiel à ce qui s'est passé dans la capitale syrienne et une concrétisation des propos tenus par le chef de l'État à la fin de sa visite à Moscou, à savoir que « le temps où les problèmes du Liban étaient résolus à l'étranger est révolu ».
Mais l'on peut aussi voir le verre à moitié vide et constater que M. Ahmadinejad a déjà scellé le sort de la stratégie défensive libanaise en décrétant, à deux reprises déjà ces jours derniers, qu'en cas d'attaque israélienne, la « résistance » devrait non pas se contenter de défendre le Liban, mais « éradiquer » l'État hébreu... Ce qui, bien entendu, n'a plus rien à voir avec une stratégie « défensive ».


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef