Fadila Fattal, une femme décidée.
Lorsque, aussi, elle se rappelle son père Wassef Fattal. Un exemple qu'elle suit. Un homme « parti de rien » mais qui a réussi dans les affaires et est devenu une grande fortune au pays et en Afrique. « Il ne faut jamais oublier d'où l'on vient », aime-t-elle rappeler et se rappeler. Ses souvenirs sont intenses. Née au Ghana, elle y passe une partie de son enfance avant de rentrer au pays en 1978. « Je m'intéressais déjà aux droits de la femme, j'ai commencé à conduire à l'âge de 12 ans ! confie-t-elle presque fièrement. Et d'ajouter, plus sérieusement : « Je refuse certaines traditions, j'en accepte d'autres. Les nuances, c'est important... » Membre fondateur du prix Mary Haskell, membre du Conseil féminin national et de nombreuses associations internationales, Fadila Fattal aime surtout à se définir comme une femme arabe libre, dans le respect de ses convictions. Sans vouloir agresser, elle préfère convaincre.
Parcours personnel
Bien qu'elle tienne à donner à cette femme tout le rôle qu'elle mérite, et qu'elle n'a pas encore au Liban et dans nos sociétés arabes, Fadila Fattal s'est mariée, comme le veut la tradition, à l'âge de 19 ans. Par amour. Par amour aussi, elle s'installe à Montpellier avec son mari, inscrit là-bas à la faculté de droit. Par amour, enfin, maman de Amira l'année suivante, elle interrompt ses études en droit et sociologie pour se consacrer au foyer. En apparence. Car Fadila n'est pas femme à se laisser dicter ce qu'elle doit faire.
Au risque de sa vie, elle est atteinte d'une maladie dangereuse qui lui interdit d'avoir d'autres enfants, tombe enceinte et accouche de Bariaa. « Je ne voulais pas laisser mon aînée seule, et puis, avoir deux filles, c'est un défi de plus à la société. Une façon de faire passer des messages. » Par amour pour sa liberté, elle divorcera plus tard. « C'est sûrement ta faute », lui diront certains. Elle n'en veut pas à ces esprits encore sclérosés. Elle sait simplement que cette histoire est terminée. Elle n'a que 27 ans. « Mes opinions sur la condition de la femme, mes combats sont imbibés de ma propre expérience, de mes souffrances. Ce ne sont pas juste des points de vue. »
Amoureuse d'art, de lecture, de musique classique, elle joue du piano depuis longtemps. L'idée lui vient en 1988 de créer une plate-forme culturelle, qui prendrait des formes politico-sociales, philosophiques aussi. Un lieu de discussion où des personnes de convictions et d'univers différents viendraient échanger, en tout démocratie, des avis et des arguments.
Le Salon de toutes les opinions
« C'est ainsi que j'ai été élevée. Les plus grandes figures politiques ont été reçues chez mon père. C'était une belle école. » Le Salon culturel de Fadila Fattal est né en 1988 sous le signe de la tolérance. Tous les premiers samedis du mois, à 16 heures en hiver, 17heures en été, les tables sont déplacées, l'espace de sa maison transformé. Un orateur-modérateur est choisi pour mener le débat. La liste des invités est longue, diversifiée, faite d'écrivains, d'artistes, de politiciens, de professeurs d'université, de poètes, de chercheurs et d'intellectuels célèbres ou moins célèbres, d'opinions et d'appartenances politiques diversifiées, même s'ils ne partagent pas les siennes. On citera pour exemple Mona Hraoui, Michel Eddé, le très regretté Gebran Tuéni, Karim Pakradouni, Jean Obeid, Martha Hraoui, Nayla Moawad, Henri Zgheib, Maguy Farah ou Zahi Wehbé. Et des sujets aussi variés que le culte de Satan, le rôle de la femme dans la vie culturelle et son rôle dans l'islam, l'arabisme et l'islam, la femme entre changement et évolution, les Salons culturels en France, la psychiatrie au Liban, l'égalité entre les deux sexes, les textes de Gibran Khalil Gibran ou encore le don d'organes.
À l'heure des bilans, 22 ans après son lancement, Fadila Fattal peut être fière de ce lieu de communication et d'échange qui perdure. Même si elle souligne, en toute lucidité : « Je m'attendais à pouvoir encore plus bouger les choses, mélanger les foules, drainer des gens, des femmes surtout, de tous les milieux, entraîner des inconnus à cette réunion mensuelle. Le public est resté assez élitiste. » Alors, pour être plus proche du peuple et pour donner l'exemple, elle se présente aux élections municipales de Tripoli. « Même si je ne suis pas élue, au moins j'encouragerai d'autres femmes à le faire. Je suis très fanatique en ce qui concerne le Liban, poursuit-elle. Quand j'entends l'hymne national, où que je sois, je me lève. Ce qui change avec le temps, ce n'est pas l'avis que l'on a, mais la manière de le défendre. La forme, pas le fond. »


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