Une réunion d’urgence a eu lieu hier entre le président Abdullah Gül, le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, et le chef d’état-major, le général Ilker Basbug. Murat Cetinmuhurdar/AFP
Des procureurs d'Istanbul qui instruisent plusieurs dossiers de conspiration visant à renverser le gouvernement du Parti de la justice et du développement (AKP, issu de la mouvance islamiste), qui dirige le pays depuis 2002, ont procédé lundi à un coup de filet inédit contre l'élite militaire. Cette rafle a visé 49 officiers suspectés d'avoir imaginé, en 2003, une opération de déstabilisation de l'AKP. Depuis, dans le cadre de cette procédure entamée après qu'un journal eut révélé en janvier le plan présumé de conspiration, un tribunal d'Istanbul a inculpé et ordonné l'incarcération de vingt officiers supérieurs, dont des généraux et amiraux d'active et à la retraite. Douze autres suspects ont été relâchés.
L'ex-chef de l'armée de l'air, Ibrahim Firtina, Özden Ornek, ex-commandant de la marine, et Ergin Saygun, ex-numéro 2 de l'état-major des armées, étaient encore interrogés hier. L'état-major a réagi mardi en qualifiant la situation de « sérieuse ». Le général Basbug a récemment affirmé que le temps des coups d'État était révolu en Turquie. Le complot incriminé avait pour nom de code
« Masse de forgeron » qui visait à semer le chaos en faisant sauter des mosquées à Istanbul, puis par des manifestations violentes de rues, notamment afin de démontrer l'incompétence de l'AKP, l'objectif final étant une prise du pouvoir par les militaires. L'armée a nié, dénonçant une campagne de dénigrement, bâtie à partir d'un scénario de stratégie militaire.
Le cerveau présumé de ce plan, l'ex-général Cetin Dogan, figure parmi les hommes arrêtés.
L'armée, qui a renversé quatre gouvernements depuis 1960, était autrefois considérée comme pratiquement intouchable, mais sa crédibilité a subi un coup avec une succession d'enquêtes sur de présumés complots visant ses rangs ces dernières années. Pour les détracteurs de l'AKP, ces opérations sont orchestrées par ce parti pour affaiblir les principes de laïcité dans le but non avoué d'islamiser la Turquie. Sous la pression de l'UE, l'AKP, qui se méfie des généraux et qui a failli être interdit en 2008 pour activités antilaïques, a réduit le pouvoir de l'armée et renforcé celui des autorités civiles.

