Téhéran pourrait lancer dès mars la construction de deux nouveaux sites d'enrichissement d'uranium dotés d'équipements plus performants que l'usine de Natanz, la seule dont dispose actuellement l'Iran pour produire du combustible nucléaire, a annoncé le chef de l'Organisation iranienne de l'énergie atomique, Ali Akbar Salehi. Cette déclaration concrétise la décision annoncée le 30 novembre par le président Mahmoud Ahmadinejad de construire 10 nouvelles usines d'enrichissement d'uranium, en réponse à une résolution de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) condamnant l'Iran pour sa politique nucléaire. Les deux nouveaux sites « auront chacun la même capacité (de production) que celui de Natanz », a indiqué M. Salehi. Ils devraient être dotés de centrifugeuses de nouvelle génération, capables d'enrichir l'uranium plus rapidement, que l'Iran est en train de mettre au point, a-t-il précisé. L'Iran veut « arriver au stade où il sera capable de fabriquer entre 250 et 300 tonnes de combustible par an » pour ses futures centrales nucléaires, a ajouté le chef du programme nucléaire iranien. M. Salehi a précisé que « les nouveaux sites seront construits au cœur des montagnes » pour « être protégés contre toute attaque » aérienne qui pourrait être menée contre les installations nucléaires iraniennes.
Une frappe ne serait pas « décisive »
Israël n'a jamais exclu une frappe militaire contre les sites nucléaires iraniens. L'Iran n'a pas l'intention d'entamer une guerre, mais répondra « brutalement » à une éventuelle attaque, a averti le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Ali Ahani, dans une interview publiée hier par le quotidien croate Vecernji List. De son côté, le chef d'état-major interarmées américain, l'amiral Michael Mullen, a affirmé qu'une frappe militaire ne serait pas « décisive » pour contrer le programme nucléaire de la République islamique. « Aucune frappe, quelle que soit son efficacité, ne serait décisive à elle seule », a dit l'amiral Mullen. Il a plaidé pour le recours à des pressions diplomatiques et économiques envers Téhéran.
Sans évoquer l'hypothèse militaire, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a exhorté de nouveau hier la communauté internationale à décréter un embargo pétrolier contre l'Iran pour l'obliger à stopper son programme nucléaire. La question continue toutefois de diviser les grandes puissances, la Chine, principal partenaire commercial de l'Iran, prônant toujours le dialogue, alors qu'Américains et Russes semblent résolus à entrer dans la phase des sanctions. Les pays de l'Union européenne ont affiché eux aussi hier des divergences persistantes sur cette question, le Luxembourg ou la Suède notamment s'étant déclarés réservés sur des sanctions fortes prônées par la France ou la Grande-Bretagne lors d'une réunion à Bruxelles des chefs de la diplomatie européens.
En soirée, réagissant à l'annonce iranienne, le porte-parole du département d'État américain, Philip Crowley, a déclaré « qu'il s'agit d'une nouvelle preuve que l'Iran refuse de coopérer de manière constructive avec l'AIEA ». Par ailleurs, dans une lettre rendue publique hier, 30 parlementaires américains ont exhorté la secrétaire d'État Hillary Clinton à révéler les noms des entreprises étrangères ayant des liens « problématiques » avec l'Iran et à les soumettre à des sanctions, dans une lettre rendue publique hier.

