Peu auraient parié que la première mesure du nouveau mandat du président de la Fed, Ben Bernanke, entamé le 1er février, serait d'augmenter le taux d'escompte.
Le mouvement est mince (un quart de point, à 0,75 %) et étant donné la faible utilisation de la fenêtre d'escompte par les banques pour se refinancer, « en pratique l'effet est relativement petit », a souligné Jan Hatzius, de Goldman Sachs.
Cela fait plus d'un an maintenant que le secteur financier profite de l'argent bon marché qu'offre le taux d'intérêt de la Fed, maintenu près de zéro depuis décembre 2008. Les marchés ont accueilli la nouvelle par une baisse des actions et des obligations dans les secondes qui ont suivi la publication du communiqué.
Le moment choisi a pris à contre-pied les analystes, qui l'attendaient pour plus tard.
« M. Bernanke, (...) dites-nous que vous avez des éléments que nous ne voyons pas encore. Des preuves que l'économie est en train de s'améliorer suffisamment pour commencer à relever les taux », a imploré Greg Donaldson, de Donaldson Capital Management.
Larry Doyle, un ancien de Wall Street, sur le site Internet Daily Markets, a trouvé la décision « étonnamment rapide ». « Pourquoi la Fed a-t-elle décidé de faire ce coup entre deux réunions (de son comité de politique monétaire) au lieu d'attendre jusqu'en mars ? Quelles autres surprises a-t-elle en magasin ? » s'est-il interrogé.
Les analystes de Barclays ont prévenu que « la sortie de la Fed de sa posture monétaire actuelle (avait) le potentiel de susciter de la volatilité sur le marché des taux », ce qui n'aiderait pas son projet de relancer le crédit.
La banque centrale avait pourtant pris le soin de donner des indices sur l'approche d'un relèvement de ce taux d'escompte, normalement éloigné du taux d'intérêt directeur que constitue l'objectif du marché interbancaire au jour le jour.
Dès décembre, le Financial Times affirmait que ce relèvement était « une possibilité » pour la dernière réunion de politique monétaire de 2009, un pronostic accueilli avec scepticisme.
Deux mois plus tard, le 10 février, M. Bernanke faisait part au Congrès de son intention d'« examiner une hausse modeste de l'écart entre les deux taux ». Après ce témoignage consacré à la stratégie pour mettre fin aux mesures de soutien exceptionnelles au crédit, cet élément avait été peu commenté.
Le président de la Fed comptait s'en occuper « sous peu ». Il ne lui aura fallu que huit jours.
« La longue route qui doit nous ramener vers une politique monétaire normale a commencé, et il devrait y avoir quelques accrocs lors de ce voyage », a prévenu James Picerno, un ancien journaliste financier reconverti en consultant.

