Supposons qu'il existe trois listes concurrentes dans une circonscription de 20 sièges. La liste A obtient 50 % des voix, la liste B 30 % et la liste C 20 % : les sièges sont répartis sur les trois listes dans les mêmes proportions que les suffrages. La Liste A emportera donc 10 sièges, la liste B 6 sièges et la liste C 4 sièges.
Certes, les chiffres sont rarement aussi ronds. En règle générale, dans les États qui appliquent ce mode de scrutin, les résultats des diverses listes sont arrondis par le bas, puis on fait bénéficier le reliquat obtenu par l'addition des décimales aux listes qui arrivent en tête.
La différence par rapport à la majoritaire est fondamentale : dans l'exemple donné ci-dessus, la liste A est certes dominante, mais elle n'obtient que la moitié des sièges. À l'ombre de la majoritaire telle qu'elle est pratiquée au Liban, cette même liste peut en pratique rafler tous les sièges, si tous ses membres ont davantage de voix que leurs adversaires des autres listes.
C'est cette différence qui fait dire que la proportionnelle est plus démocratique que la majoritaire, mais aussi qu'elle favorise le morcellement des assemblées et rend donc la gouvernance plus difficile.
C'est cette dernière raison qui a poussé certains États, comme la France, à abandonner la proportionnelle dans les élections législatives, tout en la maintenant dans les élections locales ou supranationales (régionales, municipales, européennes).
Pour lutter contre le phénomène des « Chambres introuvables », la plupart des États adoptant la proportionnelle en réduisent quelque peu l'impact en imposant des seuils : ainsi, dans plusieurs pays, les listes obtenant un score inférieur à 5 % n'emportent aucun siège, le différentiel allant enrichir le lot des listes dominantes.
Mais tout ce débat sur l'ingouvernabilité dû à la proportionnelle fait sourire dans un pays comme le Liban, où les acteurs se sont imposés un consensualisme qui morcèle et neutralise le pouvoir central, qu'il y ait ou non une majorité claire au Parlement.
En outre, la proportionnelle est généralement adoptée dans des États à forte tradition démocratique et où les partis politiques sont suffisamment structurés pour pouvoir hiérarchiser les listes qu'ils présentent aux élections.
Autrement dit, pour en revenir à notre exemple, les dix sièges emportés par la liste A vont aller aux dix premiers candidats figurant sur cette liste, selon une hiérarchie préétablie par le parti politique qui l'a présentée.
Au Liban, on s'en doute, une telle hiérarchisation est tout simplement impossible, d'abord du fait même que les partis ne sont pas suffisamment structurés et disciplinés, et ensuite parce que dans beaucoup de cas, notamment dans les villes et les grosses bourgades, il s'agira de coalitions de plusieurs partis et personnalités.
On ne voit pas, par exemple, à Beyrouth, comment la liste du 14 Mars pourrait être hiérarchisée : à supposer que le numéro un soit du Courant du futur, qu'en serait-il des suivants ? Où placerait-on les FL ? Les Kataëb ? etc. Et le même problème se posera à l'évidence pour la ou les listes adverses.
Par conséquent, une sorte de vote préférentiel s'imposera à l'intérieur de chaque liste. Ce qui veut dire qu'au bout du compte, l'électeur sera invité à voter deux fois : une première fois pour la liste de son choix, indépendamment des noms qui la composent, et une deuxième fois pour un, deux ou plusieurs candidats à l'intérieur de cette même liste.
On est loin de la simplicité initiale...


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