Du haut de ses 19 ans, le Norvégien Magnus Carlsen trône au sommet de la planète échiquéenne. Photo AFP
Initié aux échecs par son père, le bambin Magnus préfère d'abord s'adonner à d'autres passe-temps, en autodidacte : à deux ans, il connaît toutes les marques de voitures, à cinq ans, il construit des œuvres monumentales en Lego, puis il apprend les pays, leur drapeau, leur capitale, leur superficie...
C'est l'envie d'en découdre avec sa sœur aînée qui lui donne le goût de l'échiquier. À huit ans, il participe à son premier tournoi. La percée survient en 2004 : il n'a que 13 ans quand il bat l'ex-champion du monde Anatoli Karpov, accule Kasparov au nul et devient Grand Maître. Le « Mozart des échecs » est né, écrit le Washington Post.
Volontiers débraillé, apparemment assoupi, Magnus Carlsen devient une silhouette familière du circuit. Bien décidé à ne pas attendre son heure, il escalade la hiérarchie des échecs à une vitesse fulgurante. Ce n'est qu'un mois après avoir soufflé sa 19e bougie qu'il devient numéro un. Kasparov, la référence légendaire, avait 20 ans et neuf mois quand il a atteint ce sommet. « Avant qu'il en ait fini avec les échecs, Carlsen aura considérablement changé notre vénérable jeu », a affirmé Kasparov au magazine américain Time en janvier. Depuis l'an dernier, le Russe officie en tant qu'entraîneur du jeune Norvégien. Ce dernier, doué d'une intuition inouïe qui le fait déplacer la bonne pièce au bon endroit, a ainsi musclé sa puissance de calcul et étoffé son répertoire d'ouvertures.
Se voulant un adolescent comme les autres, Magnus occupe le reste de son temps à des activités plus communes : football, tennis, squash, tchatche sur l'Internet. L'école n'est visiblement pas son dada. « Je me concentre sur les échecs depuis des années, alors je n'ai pas trop fait d'efforts depuis », répond-il évasivement lorsqu'on l'interroge sur ses résultats au bac. « Magnus excelle normalement dans tout ce qui l'intéresse et, s'il n'est pas intéressé, les résultats ne sont pas nécessairement excellents », intervient son père, Henrik, figure bienveillante qui accompagne le prodige dans sa carrière. Lui-même avoue n'avoir plus battu son fils aux échecs depuis neuf ans. « Si j'arrive à comprendre ce qu'il fait quand il joue, je suis heureux », dit-il.
Pour Magnus, seul reste maintenant à conquérir la couronne de champion du monde, un titre qu'il ne pourra convoiter qu'en 2011 au plus tôt, plus probablement en 2012 en raison de la raideur du système de la FIDE. Il dit y penser bien sûr, mais sans en faire une obsession. « Beaucoup de joueurs se sont égarés à attendre des parties de championnat du monde, sans jouer de tournoi. Pour moi, il est beaucoup plus facile de penser que le championnat du monde, c'est loin dans le temps », dit-il. « Pour l'instant, je m'applique à remporter des tournois et à conserver ma place de numéro un », ajoute-t-il.

