Les mécanismes mis en place sont « inédits » dans l'histoire de l'Union monétaire européenne, créée en 1999 avec le lancement de l'euro, souligne l'économiste Jean Pisani-Ferry de l'institut Bruegel, spécialisé dans les questions européennes. « On est en phase d'invention », renchérit Jesús Castillo, économiste chez Natixis, pour qui cela « crée un précédent » en matière de surveillance budgétaire. « Mais après, sera-t-on capable d'avoir une position aussi ferme avec de grands pays comme la France si besoin? » s'interroge-t-il.
Pour les économistes de Royal Bank of Scotland, « l'une des implications de cette crise sera de conduire à une perte de souveraineté (des États) plus importante en matière budgétaire ».
Le pacte de stabilité européen, qui fixe une limite aux déficits nationaux annuels, n'a jusqu'ici pas eu les résultats escomptés. Il a de fait volé en éclats avec la crise économique, comme en témoigne notamment la situation de la Grèce.
« On a un dispositif de prévention, mais on se rend compte qu'il peut être contourné et est insuffisant », résume Jean Pisani-Ferry. Pour lui, avec ce mécanisme de surveillance renforcé, les Européens sont aussi en train d' « inventer partiellement, par morceaux, dans l'improvisation » un système de gestion de crise, qu'ils avaient « délibérément » refusé de prévoir jusqu'ici parce que « l'idée dominante était que ce serait une incitation à se comporter mal ».
La crise des déficits grecs permet aussi de faire avancer l'idée d'une meilleure « gouvernance » économique européenne, c'est-à-dire d'une coordination plus aboutie des politiques économiques en Europe. La France milite depuis longtemps pour cette idée, résumée sous le terme controversé de « gouvernement » de la zone euro.
Les Européens y réfléchissent actuellement dans le cadre de la mise en place de leur stratégie économique pour les dix ans à venir. Mais cette crise permet d'accélérer cette réflexion.
Car actuellement, à part le pacte de stabilité européen pour surveiller les déficits, rien n'assure que les seize pays partageant l'euro mènent les mêmes politiques.
Pour Jean Pisani-Ferry, la surveillance mise en place pour la Grèce « est une concrétisation d'une des composante d'une gouvernance économique renforcée ». « Aujourd'hui, la gouvernance économique, c'est une surveillance qui ne porte pas seulement sur les aspects budgétaires, mais également sur les aspects macroéconomiques, et c'est un dispositif de gestion de crise renforcé », souligne-t-il.
« On a franchi le pas de dire que dans certaines circonstances, on peut être amené à aider » financièrement un pays. Cela implique qu'« en contrepartie, on est plus exigeant sur le comportement de manière préventive », analyse-t-il.

