Le patron de la banque UBS, Oswald Grübel, a estimé mardi que Berne allait finir par négocier avec l'UE pour trouver un accord. /
Le ministre suisse des Finances Hans-Rudolf Merz a jeté un pavé dans la mare en évoquant la possibilité d'étudier la question de l'échange automatique d'informations bancaires entre la Confédération et l'Union européenne, en contrepartie d'un accès pour les banques suisses aux services financiers européens.
"Si nous voulons un tel accord avec l'UE, nous devrions être prêts à accepter les règles européennes - et l'Europe dispose de l'échange automatique d'informations", a-t-il dit dans la presse suisse.
La Confédération, qui a assoupli son secret bancaire, accepte de livrer des informations sur des comptes bancaires à des pays tiers avec lesquels elle a conclu des accords. Mais seulement dans des cas concrets de soupçons de fraude.
Avec l'échange automatique d'informations, tout contribuable étranger disposant d'un compte en Suisse verrait ses informations transmises au fisc de son pays, rendant caduc le rempart du secret bancaire.
Alors que l'échange automatique faisait encore il y a peu frémir les banquiers, certains ont ouvertement pris position sur le sujet.
Le patron de la banque UBS, Oswald Grübel, a ainsi estimé mardi que Berne allait finir par négocier avec l'UE pour trouver un accord. Cette idée n'effraie pas pour autant M. Grübel, qui estime qu'UBS est bien armée pour faire face à ces changements grâce à sa forte présence dans de nombreux pays. "Cela nous affecterait moins que d'autres banques en Suisse, principalement parce que nous sommes une banque globale (...) dotée de centaines de milliards d'actifs en dehors de la Suisse", a-t-il souligné.
De leur côté, les petites banques ne disposant pas d'une présence à l'étranger pourraient ressortir gagnantes d'un accès au marché européen, estime Manuel Ammann, professeur à l'université de Saint-Gall. Elles pourraient "activement" chercher à partir de la Suisse leurs clients sur le marché européen et y vendre leurs produits, ce qui leur est pour l'heure interdit.
Consciente que sa position devient délicate, Berne a commencé à dessiner une nouvelle stratégie pour sa place financière, qui devrait être présentée en mars.
Car le temps presse pour la Suisse, dont le secret bancaire a été ébranlé par le vol de données à la banque HSBC de Genève et par l'apparition de CDs en Allemagne contenant des informations en provenance de Suisse.
"Nous n'avons plus le temps de continuer à philosopher", a prévenu la ministre de la Justice Eveline Widmer-Schlumpf, qui prône une utilisation limitée de l'échange automatique d'information.
Le secteur financier est pourtant loin d'être d'accord sur le sujet. Patrick Odier, président de l'Association suisse des banquiers (ASB), estime dans un entretien au journal français Le Monde que l'échange automatique de données, tel qu'il est pratiqué par presque tous les pays de l'UE, est "inefficace".
Au lieu d'abattre le secret bancaire, l'ASB prône un impôt "libératoire" sur les dividendes et les gains de capitaux qui serait reversé aux fiscs étrangers, garantissant ainsi l'anonymat des clients.
L'enjeu est de taille pour la Confédération, qui gérait environ 2 000 milliards de francs suisses d'actifs étrangers en 2008.
Si elle acceptait l'échange automatique, la Suisse pourrait voir des actifs lui échapper au profit d'autres places financières plus opaques, notamment en Asie, dans les Caraïbes et en Amérique du Nord, prévient M. Ammann.
"Si nous voulons un tel accord avec l'UE, nous devrions être prêts à accepter les règles européennes - et l'Europe dispose de l'échange automatique d'informations", a-t-il dit dans la presse suisse.
La Confédération, qui a assoupli son secret bancaire, accepte de livrer des informations sur des comptes bancaires à des pays tiers avec lesquels elle a conclu des accords. Mais seulement dans des cas...

