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Liban - En Dents De Scie

Nouveau riche

Cinquième semaine de 2010.
À l'origine, on désigne par bas-bleu une femme pédante à prétentions littéraires, une précieuse ridicule momifiée dans sa niaiserie et sa fatuité ; par extension, ce terme né au XIXe siècle s'applique à n'importe quel vaniteux. N'importe quel parvenu.
Il y a quelque chose de particulièrement insupportable chez un parvenu - tellement insupportable que cela en devient fascinant. C'est d'abord la stupéfiante élasticité de sa mémoire et sa capacité à faire table rase d'événements désagréables pour lui, aussi récents et aussi frappants soient-ils ; mais c'est surtout l'insensée maestria de ce parvenu qui, mieux que personne, sait prendre les gens pour des imbéciles finis, absolument irrécupérables.
C'est retors, un parvenu : on pourrait facilement lui donner le Bon Dieu sans confession - les pragmatiques plus que tous les autres tombent facilement dans le piège. C'est pathétique aussi, un parvenu. Et c'est avant tout très dangereux.
Le président syrien, Bachar el-Assad, est un parvenu type. Un parangon de parvenu politique sur l'échiquier du stratego planétaire.
Déchiraquisée et obnubilée par le régime des ayatollahs, par le Vésuve iranien, la diplomatie internationale en général et proche-orientale en particulier s'est mise à chouchouter la Syrie comme jamais, bien plus encore qu'aux temps sinistres d'Assad et Bush pères. Du coup, de pestiféré, de paria, de premier dauphin sur le podium de l'Axe du mal, le bon docteur Bachar s'est vu greffer des ailes par ces puissances qui, hier, le vouaient à toutes les gémonies ; le timonier du Barada a été transformé, d'un coup de baguette d'ultramagique realpolitik, frénétiquement et un peu drama queen par Nicolas Sarkozy, discrètement mais tout aussi sûrement par Barack Obama, en un incontournable interlocuteur, un partenaire privilégié, réhabilité, lavé, rasé et parfumé, que tout le monde, Abdallah d'Arabie et Benjamin Netanyahu en tête, n'hésite plus à draguer - seul le sphingesque Hosni Moubarak résiste encore ; il est désormais un infini parvenu.
Bien sûr, Bachar el-Assad rêve de visiter mille et une fois, au bras de Barack Obama, les coins et les recoins de la Maison-Blanche ; bien sûr, il souhaite férocement être intronisé grand décideur dans la région ; bien sûr, une récupération du Golan et un impact prépondérant sur l'évolution du conflit israélo-palestinien le tentent follement.
Mais Bachar el-Assad donnerait tout cela et bien plus encore, avec les ruines de Palmyre en cerise sur le gâteau, s'il pouvait en contrepartie récupérer ce Liban que la Syrie a occupé et trait pendant des décennies, s'il pouvait laver l'affront du 26 avril 2006, s'il pouvait devenir le premier imperator de cette Grande Syrie qui commencerait vite et bien fait d'absolument phagocyter le petit pays.
Bachar el-Assad oui, mais pas le président syrien new look, qui, en parvenu ultime, a offert par le truchement du New Yorker une ahurissante composition, oscarisable à souhait, extrêmement courtoise, quasi urbaine, mais spécialement dangereuse parce que d'une hypocrisie hors de ce monde.
Une guerre civile peut éclater au Liban ; personne ne peut être rassuré tant que les Libanais ne changent pas drastiquement leur système : en se posant outrageusement en observateur scientifique ultime, en un médecin (de famille) connu pour décrypter les symptômes, lire le diagnostic et préconiser l'infaillible remède, ce Docteur Folamour qui règne d'une main d'airain sur un pays au système totalement dégénérescent prend infiniment le monde pour, encore une fois, un ramassis d'imbéciles.
L'idéal parvenu. Quel talent !
Cinquième semaine de 2010.À l'origine, on désigne par bas-bleu une femme pédante à prétentions littéraires, une précieuse ridicule momifiée dans sa niaiserie et sa fatuité ; par extension, ce terme né au XIXe siècle s'applique à n'importe quel vaniteux. N'importe quel parvenu.Il y a quelque chose de particulièrement insupportable chez un parvenu - tellement insupportable que cela en devient fascinant. C'est d'abord la stupéfiante élasticité de sa mémoire et sa capacité à faire table rase d'événements désagréables pour lui, aussi récents et aussi frappants soient-ils ; mais c'est surtout l'insensée maestria de ce parvenu qui, mieux que personne, sait...
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