Le ministre des AE, Ali Chami, un nouveau style pour une fonction délicate. Photo Dalati et Nohra
Le ministre des Affaires étrangères rappelle que la Constitution libanaise a été adoptée en 1926, après un accord franco-britannique, ces deux pays ayant été mandatés par la Société des nations. La carte du Liban a alors été déposée par la France en tant que puissance mandataire à la Société des nations, avant la création de l'État hébreu. Après la Seconde Guerre mondiale, les résolutions 181 et 194 ont été adoptées par le Conseil de sécurité de l'ONU et un accord d'armistice a été signé entre le Liban et Israël en 1949. Cet accord équivaut à un cessez-le-feu, pour M. Chami qui ajoute qu'entre 1948 et 1964 Israël a agressé à plusieurs reprises le Liban alors qu'il n'y avait ni résistance palestinienne ni Hezbollah. De plus, en 1982, les combattants palestiniens ont quitté le Liban, affirme-t-il, pourquoi Israël a-t-il alors maintenu ses troupes dans le pays ? Pour le ministre, Israël a des visées sur le Liban, indépendamment de toute autre considération. En 1978, la résolution 425 a été adoptée, qui demande à Israël de se retirer du Liban et, selon le ministre des AE, cette résolution est la base de toutes celles qui vont suivre. Elle est ainsi contenue dans la 1701.
Une solution possible pour Ghajar
Lorsque Israël se retirera totalement du territoire libanais, l'accord d'armistice régira les relations entre les deux pays, précise-t-il. Mais il y a encore du chemin à faire, puisque, pour l'instant, on cherche une solution pour la partie nord du village de Ghajar. Ali Chami n'aime d'ailleurs pas cette appellation. Selon lui, depuis 1967, les habitants de Ghajar se sont étendus hors de leur village sur les terres libanaises de Blida et de Abbassiyé. Ces terres doivent donc revenir au Liban, mais il faut pour cela trouver une solution pour les habitants de Ghajar, le temps qu'ils construisent des maisons dans leur village. La proposition actuellement à l'étude est de placer cette zone sous le contrôle de la Finul épaulée par l'armée libanaise après que les troupes israéliennes s'en furent retirées. Il s'agit bien sûr d'une solution transitoire, avant le retour de ces terres sous la pleine souveraineté libanaise.
Le ministre des AE combine le sixième point de la déclaration ministérielle (relatif à la résistance) avec le troisième article de la résolution 1701 (qui invite le gouvernement libanais à instaurer sa souveraineté sur l'ensemble de son territoire, « de manière à ce qu'il n'y ait pas d'armes sans son approbation »...) pour affirmer que le droit à la résistance est reconnu et par conséquent il est hors débats. Il estime par conséquent que l'accélération de l'application de la résolution 1701 relève de la responsabilité de la communauté internationale qui doit faire pression sur Israël pour qu'il se retire totalement des terres libanaises. Il restera alors le problème des armes dans les douze camps palestiniens du Liban, qui eux aussi, ajoute-t-il, existent parce qu'Israël refuse d'appliquer les résolutions 181 et 194.
Chami estime que c'est là le grand axe de la politique étrangère du Liban et il dément tout conflit avec l'ambassadeur aux Nations unies Nawwaf Salam au sujet de la 1559, précisant que cette résolution n'est pas mentionnée spécifiquement et, par conséquent, elle ne fait l'objet d'aucun conflit. Le ministre sait que sa désignation a surpris le corps diplomatique libanais puisqu'il ne vient pas du cadre. Mais sa première démarche a été de réunir tous les fonctionnaires et les ambassadeurs présents pour les inviter à travailler comme les doigts d'une seule main au service du pays. Il prépare d'ailleurs ses projets pour les nominations dans les postes vacants de première et de deuxième catégorie. Les deux tiers de ceux-ci doivent être pourvus, selon la loi, par des fonctionnaires du cadre. Le reste est choisi par les politiciens. Mais, en choisissant dans le cadre, il y aura un manque au niveau des fonctionnaires de troisième catégorie. Ce qui nécessitera l'organisation d'un concours qui devrait permettre d'engager 40 personnes.
Chami a aussi entamé ses fonctions en convoquant les journalistes accrédités au palais Bustros pour fixer les modalités d'une coopération fructueuse et il a créé une salle de presse au sein du ministère pour faciliter l'accès aux informations, montrant ainsi l'importance qu'il accorde aux médias. Il a donc pris son temps pour commencer à recevoir les diplomates étrangers et il a préféré leur donner des rendez-vous par petits groupes pour accélérer les premiers contacts.
Un appel aux émigrés
Chami refuse d'être qualifié de cassant ou d'académicien. Il se veut sincère et démocratique, dévoué à son pays et convaincu de la volonté de Berry de participer à la construction d'un État moderne. Il n'estime d'ailleurs pas que le président de la Chambre lui a fait « un cadeau empoisonné » en soumettant son nom pour cette fonction et il ne considère pas non plus que son appui est un poids dans l'exercice de sa fonction. Il compte d'ailleurs accorder une grande attention aux émigrés, et à la question de savoir pourquoi la direction de la section des émigrés est depuis des années occupée par un chiite, Ali Chami répond par l'appui à la proposition du président de la Chambre de former la commission nationale pour l'abolition du confessionnalisme politique. « Plus vite nous serons des citoyens égaux et nous réaliserons la démocratie sociale, en plus de celle politique et économique, et moins on songera aux questions confessionnelles », dit-il. Il a en tout cas envoyé des circulaires à toutes les représentations diplomatiques dans le monde pour inviter les émigrés à se faire enregistrer ainsi que leurs enfants aux consulats. Ce dossier est très important pour lui, tient-il à préciser.
Chami affirme que les responsables n'empiètent pas sur son ministère et il se déclare favorable à ce qu'il appelle « la démocratie présidentielle, la démocratie parlementaire et celle du Premier ministre », assurant que le ministre des AE est le coordinateur de toutes ces démarches.
Enfin, au sujet de sa participation au prochain sommet arabe de Libye, il déclare qu'il se conformera à la décision du Conseil des ministres. Une parade un peu facile. Mais là, il n'a vraiment pas le choix...

