« Alors que l'un des murs les plus mythiques qu'était le mur de Berlin, symbole de la division entre l'Est et l'Ouest, a été détruit, nous avons été témoins récemment, avec la récente crise économique, de la création de nouveaux murs entre les peuples sur la base de la richesse et de la pauvreté », a déclaré Mikhaïl Gorbatchev. Parallèlement à ce grave problème, le recul de la démocratie dans le monde se fait de plus en plus sentir malgré la fin de la guerre froide, alors qu'un régime démocratique est la base de tout développement. « La démocratisation de la démocratie reste un problème très important au XXIe siècle », a-t-il insisté. « Construire une démocratie efficace est un processus très long, notamment en Russie. » Et face aux critiques occidentales concernant la lenteur de la démocratisation dans son pays, M. Gorbatchev répond : « On ne peut faire en 200 jours ce que le monde occidental a fait en 200 ans », affirmant en outre qu'un État stable doit être construit sur les intérêts de tous les citoyens.
L'ancien président soviétique se rappelle par ailleurs ses années passées au pouvoir. « Nous avons arrêté le cycle infernal de la course aux armements parce que nous avons prévalu l'intérêt général sur les intérêts nationaux », explique-t-il. Dans ce contexte, M. Gorbatchev a appelé « à la création de nouvelles structures globales pour répondre aux nouveau défis actuels ». Face aux grands changements, il faut de grands combats, ajoute-t-il, énumérant les défis du moment : la sécurité, la pauvreté et l'environnement. « Aujourd'hui, nous voyons de nouveaux murs s'ériger entre les hommes, de nouvelles craintes et de nouvelles peurs », se désole le prix Nobel de la paix. « D'anciens conflits régionaux ne sont toujours pas résolus, alors que d'autres ont vu le jour depuis deux décennies. » Selon lui, le monde a suivi le mauvais chemin depuis la fin de la guerre froide en ratant la chance de créer un nouvel ordre mondial différent, « fondé sur un monde plus stable, plus juste et plus humain », citant les paroles de Jean-Paul II.
L'une des conséquences de cette inaction est la détérioration de l'environnement avec le réchauffement climatique, la pollution et le manque d'eau, estime M. Gorbatchev. « L'eau devient une denrée de plus en plus rare, surtout au Moyen-Orient. Et ce manque pourrait créer des conflits dans l'avenir », prévient le fondateur de Green Cross International, affirmant que « si nous ne prenons pas de décisions efficaces, nous nous dirigeons vers des crises encore plus graves », et appelant la société civile à faire pression sur les dirigeants, ainsi qu'à changer leur mode de vie. Espérant enfin une nouvelle qualité d'hommes politiques pour résoudre les défis du XXIe siècle, Mikhaïl Gorbatchev a souhaité l'implantation de sa fondation au Liban.

