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Nos lecteurs ont la parole

Maaleich, une maladie génétique de l’Orient

Par Joseph W. ZOGHBI
- La gouttière est complètement pourrie, Saïd. Peux-tu, s'il te plaît, la remplacer ? supplie Souad. Elle fuit sur le mur et la peinture commence à se détacher à cause de l'humidité qui s'y installe.
- Maaleich, Souad, rétorque Saïd,  nous verrons ça plus tard car je suis très occupé ces temps-ci.
- « Monsieur le président de la municipalité, lui dit le cantonnier, la route est trouée à la hauteur du tournant principal. C'est très dangereux pour les automobilistes et les piétons. Il faudrait peut-être boucher le trou.
- Maaleich, habibi, réplique le président de la municipalité, nous le boucherons en temps voulu, maintenant nous avons du pain sur la planche concernant le cadastre et les demandes de permis de construire. Plus tard, plus tard. Allez nettoyer l'herbe sèche autour de mon garage. Allez mon brave...
- Messieurs les responsables, disent en chœur les citoyens, ne faudrait-il pas imposer le port du casque à tous les deux-roues pour réduire les risques d'accidents graves et d'éventuelles chutes ?
- Maaleich, rétorquent les responsables, il est difficile d'appliquer une telle décision. Dès qu'il sera possible d'appliquer les lois et règlements, on l'imposera.
- Messieurs les responsables, disent en chœur les citoyens, il urge de ramasser les armes de ces groupes armés qui sont turbulents et potentiellement dangereux, sinon cela risque de nous créer des ennuis.
- Maaleeeeich, rien ne presse, laissez-nous nous occuper des nominations pour le moment, on verra ça en temps dû.
- Messieurs les responsables, disent en chœur les citoyens, nous devons nous occuper un peu des citoyens émigrés, car ils se sentent délaissés et personne ne s'en soucie.
- Maaleich, ils sont comme ça depuis des dizaines d'années. Ils peuvent attendre encore quelque temps. Pour l'heure, nous avons plein de réceptions officielles à préparer.
- Messieurs  les responsables, disent en chœur les citoyens, notre ennemi menace de nous détruire. Il serait peut-être judicieux de contrer ses manœuvres et de lui couper l'herbe sous les pieds.
- Maaleich, rien ne presse. Dès que nous en aurons fini avec le séminaire fort important sur la ponte des tortues vertes cornues dans le sable volcanique noir en bordure des mers en Papouasie-Nouvelle-Guinée, on s'attaquera à ce dossier.
- Entre-temps le mur de Souad s'est effondré et l'a estropiée à vie ; une voiture a été déséquilibrée par le trou sur la chaussée et a fait un tonneau, tuant et blessant les occupants ; des motards sont tombés, se sont cogné la tête et sont devenus tétraplégiques au meilleur des cas ;  les groupes armés se sont entre-tués, plusieurs morts et des destructions ; les émigrés se sont fondus dans leur nouveau pays et oublient leur mère patrie en se jurant de ne plus y mettre les pieds ; notre ennemi nous a attaqués et nous attaquera toujours tant que nous n'avons pas mis en place une politique de défense pour le dissuader.
Maaleich tout va très bien madame la marquise... Sauf que nos larmes se sont taries à force de pleurer les victimes de cette maladie génétique du maaleich, qui laisse tout passer pendant que notre vie passe, et qu'à force de trop faire passer on « très passe ». Yalla, maaleich.
- La gouttière est complètement pourrie, Saïd. Peux-tu, s'il te plaît, la remplacer ? supplie Souad. Elle fuit sur le mur et la peinture commence à se détacher à cause de l'humidité qui s'y installe. - Maaleich, Souad, rétorque Saïd,  nous verrons ça plus tard car je suis très occupé ces temps-ci.- « Monsieur le président de la municipalité, lui dit le cantonnier, la route est trouée à la hauteur du tournant principal. C'est très dangereux pour les automobilistes et les piétons. Il faudrait peut-être boucher le trou.- Maaleich, habibi, réplique le président de la municipalité, nous le boucherons en temps voulu, maintenant nous avons du pain sur la planche...
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