Le combat inlassable des parents des Libanais détenus en Syrie.
« Il s'agit de la troisième commission formée pour suivre le dossier, poursuit Sonia Eid. Malheureusement, nous n'avons confiance en aucune d'entre elles. Nous avons l'impression que notre sit-in qui dure depuis bientôt cinq ans fait partie du paysage et de l'aménagement du jardin. Les responsables ne se soucient pas de nous. »
Amertume et déception se lisent en fait sur le visage des parents qui se rendent toujours au siège de leur sit-in permanent au centre-ville. À l'entrée de la tente qu'ils ont dressée le 11 avril 2005 dans le jardin Gibran Khalil Gibran, face à l'Escwa, dans une tentative de « faire reconnaître leur dossier » et d'en voir un jour le dénouement, est suspendu un immense portrait d'Odette Adib, surnommée la gardienne de la tente. Odette, dont les deux enfants, Marie-Christine et Richard, sont portés disparus depuis les années 1980, n'a en fait quitté les lieux que le 16 mai 2009, lorsqu'elle a été fauchée par un chauffard insouciant à quelques mètres du jardin. Ici et là traînent les portraits des disparus jaunis par le temps, mais dont le souvenir reste vivant, du moins dans la mémoire des leurs.
La balle est dans le camp syrien
« La commission ne pourra rien faire pour résoudre le dossier », affirme pour sa part Ghazi Aad, porte-parole de Solide (Soutien aux Libanais en détention et en exil). « La commission libanaise fait ses devoirs, mais la balle est dans le camp syrien, ajoute-t-il. Jusqu'à présent, Damas refuse de reconnaître ce dossier et, par conséquent, la nécessité de le résoudre. La Syrie ne parle que de prisonniers politiques ou de condamnés de droit commun. Nous n'avons jamais nié leur existence et nous avons même réclamé qu'ils soient remis au gouvernement libanais, mais nous demandons à la Syrie de reconnaître l'existence des disparus, c'est-à-dire des Libanais arrêtés par ses services de renseignements et dont nous ignorons l'endroit de détention et le sort. Quelles que soient les actions entreprises par les commissions et le gouvernement libanais, le dossier ne pourra être résolu tant que Damas continue de nier l'existence de ces personnes sur son territoire et le fait que ses services de renseignements ont enfreint la loi en arrêtant des Libanais sur leur propre sol. Néanmoins, nous reprochons à la commission et au gouvernement libanais de ne pas aborder le sujet suivant notre approche. En effet, l'affaire n'est pas une question de nombre, mais de principe. Même s'il ne s'agissait que d'un seul cas, nous avons le droit de savoir ce qu'il en est advenu. »
Ghazi Aad explique dans ce cadre que personne ne peut savoir le nombre exact de Libanais portés disparus tant qu'il n'y a pas une enquête et « une recherche sérieuse sur l'identité des disparus ». « D'ailleurs, nous avons pris connaissance de plusieurs noms, au cours des dernières relaxations, qui ne figuraient même pas sur nos listes », insiste-t-il.
Un dossier qui ne peut pas être divisé
Commentant les informations selon lesquelles les Libanais disparus avant 1990 seraient plus difficiles à trouver que ceux disparus après cette date, Ghazi Aad affirme que c'est « une logique catégoriquement réfutée ». « Nous avons affaire à un État qui a ses services de sécurité et ses registres. Je doute que la Syrie n'ait pas un registre des Libanais qui croupissent dans ses geôles, note-t-il. Nous refusons que le dossier soit divisé. Il ne s'agit pas de deux périodes. Les arrestations arbitraires par les services de renseignements syriens se faisaient avant 1990 et se sont poursuivies après cette date. »
Ghazi Aad indique par ailleurs que les relations libano-syriennes ne peuvent être normalisées tant que ce dossier est en suspens. « Nous n'avons jamais prétendu que tous les Libanais disparus sont en Syrie, souligne-t-il. En outre, nous refusons que les relations entre les deux pays soient normalisées aux dépens de notre dossier. Et c'est dans cet esprit que les responsables libanais doivent soulever le problème avec leurs homologues syriens. Je ne connais pas des familles libanaises qui ne dorment pas la nuit parce que les frontières ne sont pas délimitées entre les deux pays, ou des familles qui se sentent mieux après l'établissement des échanges diplomatiques entre Beyrouth et Damas. Mais je connais des centaines de familles malheureuses parce qu'elles ignorent le sort des leurs. »

