À bout de nerfs, les Haïtiens ont appris à réagir aux secousses. Par précaution, « on dort dehors », explique Jeanne-Marie Rose-Myrna, une habitante de la région. À chaque fois, « je décide sur le coup si je sors ou pas », témoigne Julien Louis, un vendeur de ferraille de la banlieue résidentielle de Pétion-Ville. Ce matin, « je me suis mis sous le lit », raconte-t-il à l'AFP.
Dans le pays dévasté au million de sans-abri, des pillards sévissaient toujours hier dans un centre commercial de la capitale, a constaté une journaliste de l'AFP. Ils semblaient plus organisés qu'au cours des jours précédents. Plus aucun survivant du tremblement de terre n'a été signalé depuis samedi. Des sauveteurs français, qui avaient détecté dimanche des mouvements sous les décombres d'un bâtiment de Port-au-Prince, ont abandonné les recherches tôt lundi matin. Des « milliers » d'Haïtiens ont dû être amputés d'un membre après avoir été gravement blessés dans le séisme, a indiqué depuis Genève l'Organisation mondiale de la santé (OMS). L'organisation internationale cherche maintenant à faciliter la rééducation de ces rescapés. Jusqu'à présent, aucune maladie transmissible ne s'est déclarée en Haïti, « mais les risques existent », surtout « dans des zones surpeuplées où l'eau et les installations sanitaires sont extrêmement rares ».
L'urgence pour les sinistrés, c'est de pouvoir boire, manger et s'abriter dignement. Une opération de distribution de vivres a viré au chaos lundi devant le palais présidentiel haïtien, lorsque 18 Casques bleus uruguayens ont dû battre en retraite face à une foule de quelque 4 000 affamés. Près de 30 000 bâches vont être distribuées dans les 48 heures pour permettre aux Haïtiens de réparer leurs maisons, a annoncé l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), qui a prévenu qu'il faudrait commencer à reconstruire en dur avant la saison des pluies en mai-juin. Une conférence internationale sur l'aide à Haïti se tiendra en mars à New York, ont décidé lundi les participants à une réunion d'urgence à Montréal. Au lendemain de cette rencontre, la secrétaire d'État américaine Hillary Clinton a joint sa voix à celles appelant à l'annulation de la dette du pays le plus pauvre des Amériques. Elle a par ailleurs avoué être « profondément meurtrie » par les critiques émises envers l'intervention de son gouvernement. Washington a déployé de nombreuses équipes de sauveteurs et de travailleurs humanitaires, épaulées par 20 000 GI sur terre et sur mer. Face à cette armada, certains États, Venezuela en tête, ont accusé les États-Unis de profiter de la catastrophe pour « occuper » Haïti.

