La minorité tamoule, qui a massivement voté hier, pourrait jouer les arbitres dans une élection très disputée, alors que le camp cinghalais paraît divisé. Indranil Mukherjee/AFP
Le Sri Lanka a proclamé en mai 2009 sa victoire contre les LTTE, considérés comme un groupe terroriste par le Sri Lanka et les pays occidentaux, après un conflit de près de 40 ans qui a fait entre 80 000 et 100 000 morts. Mahinda Rajapakse, un nationaliste acharné issu de la majorité cinghalaise, a convoqué la présidentielle deux ans avant le terme de son mandat pour profiter de la vague de soutien qu'il avait reçue après la victoire contre les rebelles. Mais l'ex-général Fonseka, lui aussi considéré dans l'île comme l'artisan de la victoire, a ruiné ses plans en se présentant dans l'opposition après avoir démissionné de l'armée cet automne, accusant M. Rajapakse de l'avoir soupçonné d'un coup d'État. « Nous aurons une grande victoire », a prédit le chef de l'État après avoir voté dans sa circonscription de Mulkirigala, dans le sud de l'île. Un dirigeant de l'opposition, Ranil Wickremesinghe, a assuré s'attendre à un fort taux de participation qui devrait assurer la victoire de M. Fonseka.
« On ne peut pas dire que ce fut une élection libre et juste en raison du grand nombre d'incidents dans tout le pays », a commenté le commissaire des élections, Dayananda Dissanayake. Au moins quatre militants ont été tués et près de 1 000 incidents recensés pendant la campagne, qui a vu s'affronter 22 candidats. 64 autres incidents violents se sont produits hier, comme des coups de feu tirés près de bureaux de vote. Quatre explosions ont été recensées dans la péninsule de Jaffna, à 400 km au nord de la capitale, bastion de la minorité tamoule. M. Fonseka accuse le gouvernement de vouloir truquer les résultats et d'user de la violence pour intimider les électeurs. Selon lui, l'armée, la télévision d'État et la police ont été préparées à un coup d'État pour maintenir M. Rajapakse au pouvoir.
Dans un curieux retournement des événements, la minorité tamoule pourrait finalement être l'arbitre de cette élection si les votes de la majorité cinghalaise se répartissent à parts égales entre les deux candidats. Sur les deux hommes planent les mêmes allégations de crimes de guerre et de violations des droits de l'homme. Quel que soit le gagnant, il aura à affronter la pression des Nations unies et des pays occidentaux qui réclament une enquête indépendante et ont sévèrement critiqué Colombo pour avoir parqué dans des camps jusqu'en décembre quelque 300 000 civils tamouls.

