Les impacts de balles et de profondes entailles de machette sont visibles. Aucun bilan officiel des affrontements qui ont embrasé Jos et ses environs pendant quatre longs jours depuis dimanche dernier n'a encore été publié, mais selon le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), au moins 160 personnes ont été tuées et 18 000 déplacées.
En quelques heures Kuru Karama, un gros bourg agricole de 3 000 personnes à 30 km au sud de Jos, est devenu un village fantôme. Tout a été détruit, incendié. Même la mosquée : toit en zinc éventré, murs ocre jaune zébrés de noir par les flammes. Les deux haut-parleurs pour l'appel à la prière gisent, démantelés, par terre.
« J'ai perdu dix membres de ma famille, dont mon père et mon frère Mohammad. Il venait juste de rentrer il y a une semaine d'Ukraine où il travaillait pour l'ambassade du Nigeria. » La voix d'Adamu Musa se brise : on vient de ramener chez lui le corps de son père de 73 ans, remonté d'un puits. « On ne peut pas encore dire combien de morts », dit à l'AFP le chef du village martyr, Umar Baza. Pour lui, les tueurs sont évidemment des chrétiens aidés par la police locale. Sur la route de Jos, le convoi de 25 voitures et camionnettes, escorté par un blindé de l'armée, s'arrête. Encore cinq corps à ramasser dans un canal d'irrigation non loin du village. À 300 mètres des puits de la mort, des villageois chrétiens regardent depuis chez eux les volontaires empiler les corps de ceux qui furent leurs voisins.
Parallèlement, face à la paralysie quasi totale des institutions, la Haute Cour fédérale du Nigeria a donné hier 14 jours au gouvernement pour décider si le président Umaru Yar'Adua, hospitalisé depuis deux mois en Arabie saoudite, est apte à rester en fonctions. Le Nigeria est déjà entré depuis des semaines dans l'« après-Yar'Adua », et de plus en plus de voix se sont élevées pour demander qu'il cède le pouvoir afin de mettre fin au « vide » à la tête du pays.

