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Liban - Coups D’Épingle

Pantomimes

Hassan Nasrallah est un homme qui tient parole. Depuis le jour où, au lendemain de la guerre de l'été 2006, il avait admis publiquement avoir mal calculé les conséquences de l'enlèvement de deux soldats israéliens, le 12 juillet de cette année-là, il se tient bien sage... du point de vue du conflit avec Israël, bien sûr.
C'est, en effet, la première fois depuis 1967 qu'une aussi longue période - trois ans et demi - passe sans qu'il n'y ait d'opération de « résistance » à la frontière méridionale du pays. Il faut naturellement faire abstraction des roquettes « anonymes » paresseusement tirées à deux ou trois reprises en direction du territoire israélien. Cependant, l'honorable label de « résistance » ayant été sèchement refusé à ces tirs orphelins, c'est au final comme si rien ne s'était passé.
Pourtant, à la lecture des bulletins officiels quasi quotidiens et des déclarations émanant du Hezbollah, de ses alliés et de la classe politique en général, on apprend qu'Israël n'a à aucun moment consenti une halte à ses violations par terre, air et mer de la souveraineté libanaise et qu'il occupe toujours le secteur des fermes de Chebaa, régulièrement visé par des opérations du Hezbollah entre 2000 et 2006, ainsi que les collines de Kfarchouba et le nord du village de Ghajar. Sans parler des menaces que lancent en permanence les dirigeants israéliens à l'adresse du Liban, lui promettant un feu d'artifice à côté duquel la raclée de 2006 n'en serait que l'avant-goût sur une échelle réduite.
Le plus remarquable, c'est que cette trêve au Liban-Sud, sans précédent depuis plus de quarante ans, bien des hommes politiques et des commentateurs libanais feignent de l'ignorer pour ne pas paraître remettre en cause le concept de « victoire » prétendument remportée par le Liban sur l'État hébreu en 2006.
Et Hassan Nasrallah nous en promet d'autres encore. Il est même allé dans son dernierdiscours, la semaine dernière, à faire miroiter le mirage d'une victoire décisive.
En fait, ce que l'on constate, c'est que plus le secrétaire général du Hezbollah parle de « victoires », moins il en remporte sur le terrain.
D'ailleurs, partant de ce constat, il serait intéressant d'un point de vue historique, et à la manière de l'analyse de l'œuvre d'un artiste, de distinguer trois périodes dans l'évolution du comportement du Hezbollah vis-à-vis d'Israël : la première, avant 2000, était celle de la « résistance armée » proprement dite ; la deuxième, entre 2000 et 2006, celle de la quête désespérée de prétextes pour la « résistance » ; et, enfin, la troisième, après 2006, celle de la rhétorique de « résistance », c'est-à-dire des discours enveloppés dans une aura destinée à en perpétuer l'illusion.
La réalité, la triste réalité issue de 2006, c'est la situation actuelle de l'État libanais qui l'incarne. Car si Israël a effectivement échoué dans son objectif déclaré d'anéantir le Hezbollah, il a en revanche très bien réussi dans ce qui aura été probablement son objectif réel : neutraliser le parti de Dieu, mais sans l'abattre, en le contraignant simplement à retourner ses armes en direction de l'intérieur libanais.
Pourquoi sans l'abattre ? Pour essayer de comprendre, que l'on se mette à la place des dirigeants israéliens, surtout actuels : lorsqu'on refuse obstinément, comme ils font, de s'engager dans une stratégie de paix avec ses voisins, quelle tactique adopter ? Est-ce celle qui favoriserait l'émergence chez ces voisins de gouvernements modérés, susceptibles d'attirer la sympathie de l'opinion occidentale dans leur défense réaliste de la juste cause palestinienne et arabe ? Ou bien, au contraire, celle qui, en se ménageant de vrais épouvantails comme le Hezbollah et le Hamas (sans parler du régime syrien) à sa frontière, on accaparerait ainsi la sympathie du monde (et son aide financière, au besoin par le chantage) ?
À l'usage de ceux qui, malgré tout, n'auraient pas encore compris, simplifions davantage l'équation : si vous étiez à la place de Benjamin Netanyahu ou d'Avigdor Liebermann, c'est-à-dire d'hommes qui continuent de croire qu'Israël ne peut survivre dans la région que par une logique de guerre perpétuelle, quelle image des Arabes voudriez-vous voir refléter chez les décideurs, autrement dit en Occident ? Celle de l'homme civilisé réclamant simplement son droit ou bien celle du repoussoir obscurantiste et arriéré prêt à toutes les surenchères ?
Ne nous trompons pas. Si le drame palestinien reste aujourd'hui encore sans solution, c'est parce que certains Arabes (et autres) continuent à aider Israël à diffuser dans le monde cette deuxième image.
Trois ans et demi après la « victoire divine », Israël est allé loin dans la consécration de cette politique au Liban : c'est l'État libanais qui est à présent coloré de Hezbollah et c'est l'État hébreu qui vend le tableau et en récolte le prix, sans même avoir besoin désormais de dégainer.
Et l'affaiblissement de l'État libanais est on ne peut plus clair, dès lors qu'un intermittent comme Abou Moussa, qui n'a jamais fait la guerre qu'aux siens, se permet aussi impunément de lui asséner une gifle.
Hassan Nasrallah est un homme qui tient parole. Depuis le jour où, au lendemain de la guerre de l'été 2006, il avait admis publiquement avoir mal calculé les conséquences de l'enlèvement de deux soldats israéliens, le 12 juillet de cette année-là, il se tient bien sage... du point de vue du conflit avec Israël, bien sûr.C'est, en effet, la première fois depuis 1967 qu'une aussi longue période - trois ans et demi - passe sans qu'il n'y ait d'opération de « résistance » à la frontière méridionale du pays. Il faut naturellement faire abstraction des roquettes « anonymes » paresseusement tirées à deux ou trois reprises en direction du territoire israélien....
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